[GRAND FORMAT EUROPÉEN] Eurovision 2019, la chanson au service de la polémique

Le 18 mai dernier à Tel Aviv s’est tenue la 64ème édition du Concours Eurovision de la chanson. Spectacle unique pour certains, une mascarade pour d’autres, l’Eurovision divise. Cette année a encore eu droit à son lot de polémiques, à commencer par le choix de la ville organisatrice.

Vainqueur en 2018 grâce à la chanteuse Netta et sa chanson Joy, Israel a légitimement obtenu le droit d’organiser cette nouvelle édition. Après avoir accueilli la finale en 1979 et 1999 à Jerusalem, le gouvernement et le peuple israélien étaient désireux de réitérer l’expérience, vingt ans après. En raison des récentes tensions concernant la nomination de Jerusalem comme capitale israélienne, les grandes instances du concours ont jugé plus judicieux d’établir la soirée au sein du parc des expositions de Tel Aviv, ville réputée pour sa tolérance comme en témoigne sa gay-pride.

Côté participants, la polémique ne s’est pas faite attendre. En France, le choix d’envoyer Bilal Hassani, jeune-homme de 19 ans, gay et originaire d’Afrique du Nord en a fait jaser plus d’un. De l’autre coté des Alpes, c’est la victoire qualifiant le rappeur Mahmood (né d’un père égyptien), lors du célèbre festival de San Remo qui n’a pas fait l’unanimité : « Mahmood… Bof… La plus belle chanson italienne ?!? Moi j’aurais choisi Ultimo, et vous, vous en pensez quoi ? », avait twitté Matteo Salvini, affichant sa préférence pour un autre candidat. Pour achever l’ambulance, l’Ukraine a annoncé le retrait de la chanteuse Maruv, très populaire en Russie, qui a refusé de participer en raison de clauses liées au droits télés ukrainiens. « Je ne suis pas prête à me produire avec des slogans, faisant de mon spectacle au concours une promotion de nos politiciens. Je suis une musicienne, pas un outil dans le jeu politique », avait-elle déclaré pour justifier son choix.

Le soir du show, de nouveaux épisodes sont venus entacher le bon déroulement et la réputation du concours. Comme d’habitude chacun a voté pour son voisin, Chypre pour la Grèce et vice-versa, Saint-Marin pour l’Italie etc. Lors de l’attribution des points pays par pays, les membres du groupe islandais Hatari ont brandi des écharpes aux couleurs de la Palestine en signe de contestation. Un geste déplacé aux yeux de l’Eurovision qui se veut être une fête apolitique, et qui pourrait sanctionner la petite île pour les prochaines éditions. Cependant, les trois punks islandais n’ont pas été les seuls à faire référence au conflit israélo-palestinien, puisque Madonna, prestigieuse invitée de la soirée s’est elle aussi laissée aller à son message. Lors de sa prestation sur scène, deux danseurs de la reine de la pop arboraient l’un un drapeau israélien, l’autre un drapeau palestinien. Un sous-entendu fraternel et modéré moyennement digéré par le public, d’autant plus que que la performance vocale de la Madone n’a pas été au rendez-vous.

L’Eurovision 2019, qui a vu triompher le Néerlandais Duncan Laurence, aura été largement mouvementé, ce qui n’est pas prêt de réconcilier l’opinion publique et le concours, déjà considéré comme décadent et de mauvais goût.

Même lorsqu’il s’agit de rassembler les pays entre eux, l’Europe semble divisée. Un indice annonciateur des mauvais résultats aux élections européennes ? 

Ugo PERESSINI