Le couple Merkel-Macron, deux ans de relations tumultueuses

Emmanuel Macron a fait de la relance européenne et de la coopération franco-allemande deux priorités politiques et médiatiques pour l’ensemble de son mandat. Plus de deux ans après son arrivée à l’Elysée, quelles sont les avancés et les points d’achoppement entre Paris et Berlin ?

Emmanuel Macron et Angela Merkel lors de leur conférence de presse commune lors du Conseil Européen des 22-23 juin 2017 – CC Flickr /

C’est une tradition entre les deux pays. Le 15 mai 2017, le tout nouveau Président de la République française, Emmanuel Macron, s’est rendu à Berlin pour y rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel. Avant lui, François Hollande et Nicolas Sarkozy avaient également choisi de rencontrer Merkel dans la capitale allemande pour leur premier voyage officiel. Cette rencontre est importante car il permet d’avoir une première idée de ce que vont être les relations franco-allemandes pour les années à venir. C’est une tradition entre les deux pays. Le 15 mai 2017, le tout nouveau Président de la République française, Emmanuel Macron, s’est rendu à Berlin pour y rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel. Avant lui, François Hollande et Nicolas Sarkozy avaient également choisi de rencontrer Merkel dans la capitale allemande pour leur premier voyage officiel. Cette rencontre est importante car il permet d’avoir une première idée de ce que vont être les relations franco-allemandes pour les années à venir.

Emmanuel Macron n’a jamais caché son ambition européenne lors de sa campagne électorale de 2017. Le couple franco-allemand devait occuper une place fondamentale dans la « refondation de l’Union européenne ». Dès janvier 2017, le ministre de l’économie et candidat du mouvement « En Marche » avait prononcé un discours à la Humboldt Universität de Berlin sur les relations franco-allemandes et l’avenir de l’UE. Une façon de préparer le terrain une fois arrivé aux plus hautes responsabilités. Deux ans après l’accession d’Emmanuel Macron à l’Elysée, quelle la nature et la solidité du couple franco-allemand ? Quelle est sa marge de manœuvre pour refonder une Union européenne à bout de souffle ?

Un timing politique peu favorable

Quand on regarde les deux années qui se sont écoulées, depuis mai 2017, on a l’impression que la France du Président Macron a été véritablement force de propositions sur la réforme de l’Union européenne face aux réticences d’une Allemagne toujours autant attachée à la rigueur ordolibérale. La réalité est plus complexe.  La politique allemande a effectivement été monopolisée durant toute l’année 2017 par les élections législatives fédérales qui se sont tenues fin septembre. Angela Merkel visait alors son quatrième mandat à la Chancellerie. Le scrutin a été une défaite pour elle, avec une baisse sensible du nombre de voix, malgré le fait que son parti, la CDU-CSU soit arrivé en tête. Il faut dire que le SPD a essuyé une débâcle bien plus sévère. Cette recomposition du paysage politique allemand a poussé Angela Merkel à négocier une coalition inédite avec les Verts et les Libéraux du FDP. L’échec de ces négociations a obligé la CDU-CSU et le SPD à reconduire la Grosse Koalition, déjà au pouvoir de 2005 à 2009, puis de 2013 à 2017. 

Toute ces péripéties dans un pays qui abhorre l’instabilité politique ont fait que les propositions européennes d’Emmanuel Macron, esquissées notamment lors d’un discours en Sorbonne quelques jours après les résultats du scrutin fédéral, sont passées au second plan à Berlin. Il faut dire aussi que la France n’a pas toujours été très europhile et encline aux réformes de l’Union européenne. La politique européenne de la France est en effet bien plus dépendante de la personnalité du chef de l’état qu’en Allemagne, où le Bundestag a un pouvoir bien plus important sur les questions européennes que l’Assemblée nationale chez nous. De plus, Paris est désormais l’un des seuls pays d’Europe à ne pas respecter les critères de convergence de Maastricht, notamment en termes de déficit et de dette publiques. L’Allemagne a par conséquent adopté l’attitude suivante envers son partenaire : réformez-vous d’abord pour respecter les règles du jeu européen, puis proposez des solutions pour consolider notre maison commune.

De nombreuses initiatives politiques de haut niveau

Malgré cette situation, les deux pays moteurs de l’Union européenne ont déjà proposé pas mal d’initiatives en deux ans. Tout d’abord pour renforcer les relations franco-allemandes. Emmanuel Macron et Angela Merkel ont signé le 22 janvier dernier le Traité d’Aix-la-Chapelle, censé compléter le Traité de l’Elysée de 1963, en particulier grâce à une dimension de coopération européenne. La traduction concrète de ce Traité est à la charge des ministres des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian et Heiko Maas. Ensuite au niveau de la coopération européenne. Les deux pays se sont en effet accordés l’année dernière sur une base de budget de la zone euro (quand bien même celui-ci soit encore très modeste). Bruno Le Maire et Olaf Scholz ont pourtant défendu cette idée plusieurs fois ensemble, ce qui prouve que la coopération franco-allemande n’est pas une affaire uniquement au sommet de l’Etat.

Le couple franco-allemand face au reste de l’Europe ?

Dans le champ des réalisations franco-allemandes, on serait presque tenté de mentionner la nomination, puis l’élection d’Ursula Von der Leyen, ministre de la défense allemande, à la tête de la Commission européenne. Son profil francophone et francophile, ainsi que son expérience politique au plus haut niveau (à l’inverse du Spitzenkandidat du PPE, Manfred Weber) ont paru convenir aussi bien à Emmanuel Macron qu’à Angela Merkel. Même si l’ensemble du Conseil européen l’a finalement soutenue, il ne faudrait pas que cela soit perçu comme une énième manigance franco-allemande. L’Union européenne est composée de 28 membres, dont certains voient avec une méfiance la domination de Paris et de Berlin sur les grandes questions européennes. Le Brexit pourrait encore accentuer cette perception. Comme stipulé dans le Traité d’Aix-la-Chapelle, la France et l’Allemagne doivent inscrire leur coopération dans le cadre européen, et non pas parallèlement à lui.

Théo BOUCART