Groenland : l’achat du siècle ?

La nouvelle a dû effrayer les ours polaires vivants sur cet immense rocher glacé. Cet été, Donald Trump annonçait calmement sa volonté de racheter le Groenland au Danemark, l’actuel propriétaire. Si le pays est plus proche géographiquement de la Blanche que du palais royal de Copenhague, pas certain pour autant qu’il souhaite s’en rapprocher politiquement. Retour sur cet épisode qui fait froid dans le dos.

Fièvre acheteuse pas si farfelue

Certains se sont demandé « Pourquoi vouloir acheter ce rocher glacé ?« . D’autres ont vite trouver la réponse. Avec le réchauffement climatique, la fonte des glaces du pôle Nord et du cercle polaire arctique offre une multitude de routes commerciales, jusque-là inutilisables. La Russie et les USA, les deux Etats encerclant le pôle Nord souhaitent en tirer un maximum de profit.  Moscou s’intéresse à ces nouvelles possibilités et inquiète du même coup Washington qui se sent menacé dans sa périphérie nordique. Dans ce cadre, pour les États-Unis, le Groenland apparaît comme un poste avancé face à la Russie.

Du reste, l’intérêt des Américains pour le Groenland n’est pas nouveau. À deux reprises, ils ont fait des propositions d’achat. La dernière en 1946, sous le président Harry Truman, pour 100 millions de dollars. En outre, depuis 1941, l’armée américaine dispose sur l’île d’une base militaire de 10 000 hommes à Thulé. Celle-ci était très active pendant la guerre froide.

Course au ressources de l’Arctique

Peuplé de 56 000 habitants, le Groenland est une gigantesque île arctique, grande comme quatre fois la France. Les territoires de l’Arctique sont riches en matériaux indispensables à l’industrie (or, zinc, cuivre, graphite, nickel, platine, uranium) et en hydrocarbures. Dans cette course à l’exploitation des vastes ressources souterraines de l’Arctique, la Russie et la Chine ont devancé les Américains. D’après le cabinet de conseil financier Guggenheim Partners, plusieurs centaines de projets d’infrastructures représentant plus de 860 milliards de dollars d’investissements sont en train de voir le jour dans l’océan le plus septentrional du globe.

Une proposition jugée absurde

Copenhague, surpris, a qualifié « d’absurde » l’offre d’achat de l’Oncle Sam. Une réponse qui a froissé Donald Trump, jugeant « qu’on ne s’adresse pas comme ça au Président des Etats-Unis« . Copenhague, avait-elle rappelé en substance, n’a pas même le pouvoir de vendre cette entité bénéficiant d’une large autonomie. En réponse, l’ancien homme d’affaire new-yorkais a annulé une visite dans le petit royaume scandinave. « Le Danemark est un pays très spécial, avec des gens incroyables, mais étant donné les commentaires de la Première ministre Mette Frederiksen, selon lesquels elle n’aurait aucun intérêt à discuter de l’achat du Groenland, je vais repousser notre rencontre prévue dans deux semaines à un autre moment« , avait-il tweeté. 

En clair, le Groenland est devenu l’endroit le plus convoité de la planète et celui qui en prendra le contrôle deviendra le maître du monde. On peut dire Trump maladroit, mais certainement pas idiot ! Heureusement, le Danemark n’est pas décidé à céder la porte de l’Arctique, ce qui est une excellente nouvelle pour la planète. L’Amazonie brûle. Pas besoin d’une autre catastrophe écologique.

Chloé LOURENÇO