« Seveso » ? Kezako ?

Depuis l’explosion de l’usine Lubrizol de Rouen et la mise à l’arrêt de celle de Grand Quevilly, on entend beaucoup parlé de classement « Seveso », mais sans jamais vraiment expliquer à quoi cela faisait référence. Chez Voix d’Europe on est allé enquêter à la source de ce problème pour le moins explosif.

En France, on compte plus de 1300 sites classés « Seveso », avec un seuil plus où moins haut. La Seine-Maritime, département où a eu lieu l’incendie la semaine dernière, est le département qui en compte le plus (59 sites), juste derrière les Bouches du Rhône (60 sites).

Seveso : quand un village donne son nom

Seveso est une commune située à 21 km de Milan, dans la province de Lombardie. Cette petite bourgade aurait pu passer totalement inaperçue aux yeux du monde, si une catastrophe chimique ne l’avait pas rendue tristement célèbre.

Le 10 juillet 1976, un nuage d’herbicide, contenant de la soude caustique et de la dioxine, s’échappe durant vingt minutes d’un réacteur de l’usine chimique ICMESA, située dans la commune de Meda, et se répand sur la plaine lombarde en Italie. Quatre communes, dont Seveso, sont touchées. Les premiers habitants à être évacués ne partiront pas avant le 26 juillet de la même année. Peu après l’accident, on constate une mortalité rapide chez les animaux domestiques ou sauvages. La qualité du sol et de l’environnement est alors testée régulièrement entre 1976 et 1986.

Cet accident industriel est dû à la surchauffe d’un réacteur fabricant du 2,4,5-trichlorophénol qui libère un nuage toxique contenant plusieurs produits mal identifiés sur le moment. C’est seulement au bout de 7 jours qu’ils identifieront l’agent responsable de quantité de maladies , produit plus connu maintenant sous la dénomination « dioxine de Seveso ».

Quelles conséquences ?

Sept communes sont touchées ; 358 hectares sont contaminés. Dès les premiers jours, les feuilles des arbres jaunissent, et les enfants sont atteints de chloracné, affection qui gangrène la peau et nécessite leur hospitalisation. 3 000 animaux domestiques sont tués par les émanations, et 77 000 têtes de bétail sont abattues. Par ailleurs, les sols agricoles et les maisons nécessitent de lourds travaux de décontamination, qui débutent en 1982.

e bilan exact sera connu sept ans plus tard, au moment de l’ouverture du procès des responsables des différentes sociétés incriminées. 193 personnes, soit 0,6 % des habitants de la zone concernée, ont été atteintes de chloracné, essentiellement des enfants. Aucune n’est décédée, un petit nombre seulement a gardé des séquelles. La moyenne des cancers et des malformations fœtales n’a pas augmenté de manière significative.

Directives Seveso

Cet accident, qui a donné son nom depuis à tous les sites de production classés à risques en Europe (1 249 rien qu’en France), a exposé les dangers des activités industrielles chimiques en milieu urbain.

La première directive européenne portant le nom de « Seveso » et obligeant les sites industriels à risques à se faire enregistrer date de 1982. Elle a depuis été remplacée et amendée entre 1996 et 2012, afin de protéger les citoyens mieux et de façon plus durable. Le but est de renseigner les riverains pour qu’ils sachent à quoi ils s’exposent. Cette directive concerne pas moins de 10 000 sites dans toute l’UE !

En France en septembre 2001, l’explosion de l’usine toulousaine d’AZF avait déjà servi à mettre en garde contre l’implantation de ces sites classés Seveso. Mais on pensait ne plus jamais revivre un tel drame. Vendredi, l’explosion survenu à Rouen et l’incendie qui en a découlé ont prouvé le contraire. Gageons que les émanations soient davantage désagréable que toxiques…

Chloé LOURENÇO