Audition compliquée pour Sylvie Goulard

Elle parle anglais, italien, allemand et français. Elle a été députée européenne jusqu’en 2017, lorsqu’elle rentre au premier gouvernement Macron. Mais fera-t-elle une bonne Commissaire européenne pour autant ? Rien n’est moins sûr ! La semaine dernière, Sylvie Goulard a eu droit à une audition pour le moins compliquée au Parlement européen. Preuve en est, elle devra passer ces jours prochains, un oral de rattrapage.

L’audition de Sylvie Goulard devant les députés européens fraichement élus avait pourtant bien commencé. Lorsqu’elle prend la parole, elle s’emploie à montrer patte blanche et ponctue ses phrases d’un « si vous m’accordez votre confiance ». Tout cela n’a pas suffit : l’ancienne ministre n’a pas obtenu le feu vert du Parlement mercredi soir. Dans les jours qui arrivent, elle devrait répondre à des questions supplémentaires et devra, peut-être, passer une seconde audition.  À l’exception de Renew -anciennement ALDE, ndlr- sa famille politique, tous les groupes ont émis de grandes réserves.

Le résultat de cette audition n’est pas une surprise, même pour la principale intéressée. Effectivement, si Sylvie Goulard savait que le moment allait être « difficile », elle ne pouvait pas imaginer des attaques si nombreuses et si virulentes de la part de ses anciens collègues. Dès la fn de son introduction, les questions relatives aux deux affaires la concernant -les emplois fictifs du MoDem et sa rémunération par un think tank américain- ont fusé.

Au cours de son audition, parmi les 25 questions posées, onze ont porté sur ces affaires ou y faisaient explicitement référence. François-Xavier Bellamy, chef de file des eurodéputés LR (PPE), a ouvert le bal des hostilités sur les emplois fictifs. «Comment comprendre que ce qui vous a écartée du gouvernement en France ne vous empêche pas d’exercer avec la sérénité et l’indépendance requises des fonctions de commissaire?», a-t-il interrogé. Et s’il n’y avait que les Républicains… ! Les Verts, les Sociaux-démocrates, les membres de la Gauche Unie… personne n’a été tendre avec la candidate française. «Vous avez le temps d’être députée européenne et d’avoir en plus un emploi à 10 000 euros! Eh bien moi, comme un grand nombre de mes collègues, je ne m’imagine pas avoir deux emplois à plein temps en étant une seule personne. Alors vraiment félicitations!», a persiflé une eurodéputée de la GUE.

Et la présomption d’innocence ?

Sylvie Goulard a fini par perdre patience. Mais elle a surtout fait son mea culpa sur le think tank américain. Toutefois, elle n’a rien lâché sur l’affaire des emplois fictifs du MoDem. Rappelant qu’elle n’est pas mise en examen en France, elle a exhorté les membres du Parlement à respecter la présomption d’innocence. « I am clean« , a-t-elle lancé pour finir.

Au regard de cette audition pour le moins décousue, l’ex-eurodéputée n’a guère eu le loisir de donner sa vision du gros portefeuille que souhaite lui confier la future présidente de la Commission, Ursula von der Leyen: Marché intérieur, Industrie, Défense, Espace. Certains demandent même que quelques dossiers lui soient retirés. Un démarrage plutôt difficile, mais qui ne lui ferme pas forcément les portes de la Commission Von der Leyen. Rappelons-nous que Pierre Moscovici, en 2014, avait lui aussi connu des heures dures lors de son audition au Parlement. Cela ne l’avait pas empêché d’emporter le portefeuille qu’il convoitait !

Chloé LOURENÇO