Le Brexit n’aura pas lieu

30 octobre 2019. Cette date aurait dû rester dans les mémoires britanniques et européennes comme la dernière journée du Royaume-Uni en tant que membre de l’Union européenne. Par un fabuleux coup du sort et une volonté marquée d’obtenir toujours plus, cela ne sera finalement pas le cas. La sortie du Royaume est reportée aux prochaines calendes grecques. Si bien qu’on peut finir par se demander si elle aura bien lieu un jour…

Un report reporté

On le sait, les Britanniques n’ont jamais vraiment fait partie du projet européen. Tantôt dédaigneux quant à la création de la première communauté, tantôt avide d’y rentrer, puis d’en sortir, ils ont toujours eu un pied dedans et un pied dehors. Si bien qu’en juin 2016, à la question « Faut-il rester dans l’Union européenne ou en sortir ? », ils avaient répondu « Brexit ». Sortir de l’Union, la quitter, s’en aller. Impérativement.

En mars 2017, Theresa May, alors locataire du 10 Downing Street, avait enclenché la difficile procédure de sortie par l’article 50 du TFUE. Une période de deux ans s’ouvrait alors devant Londres, qui promettait à ses ressortissants de retrouver « liberté et souveraineté » dès le Printemps 2019. Mais il y a un pas entre dire qu’on va faire ses valises et tout laisser derrière soi et le faire vraiment. C’est cette différence qui met tellement de temps à être appliquée qui commence à lasser tout le monde, d’un côté du Channel comme de l’autre.

Effectivement, accoucher d’un accord qui plairait à peu près à toutes les parties a été bien long. Il aura fallu attendre la fin novembre 2018 pour que les 27 se mettent d’accord et propose un accord de sortie au Royaume de Sa Majesté. « C’est le meilleur accord possible et c’est le seul accord possible », avait martelé Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne.

Et pourtant, malgré tout, le Parlement britannique, auquel Theresa May aura pourtant présenté 4 fois son accord, n’acceptera jamais de le signer. Ce refus ostentatoire provoquera la sortie de May du numéro 10 en juillet, mais pas la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Face à une impasse, les 27 avaient accordé un délai jusqu’au 31 octobre 2019 pour acter le divorce. Là encore, cela n’aura pas lieu.

Une mauvaise farce

Entre les Monti Pythons et Paul Taylor, les Britanniques ont un humour plutôt pince sans rire, mais divertissant. Ils l’ont encore prouvé ces derniers jours, lorsque Boris Johnson, nouveau Premier Ministre, a présenté au Parlement de Londres un nouvel accord, négocié non sans mal, mais finalement accepté par Bruxelles. Rien n’y aura fait ! La pilule n’est toujours pas passée, et le Royaume-Uni s’est retrouvé, une nouvelle fois, au pied du mur.

Résultat, les députés britanniques ont accepté d’étudier l’accord en question -ils ne le rejettent pas tout en bloc- mais ont demandé un délai supplémentaire à Bruxelles pour pouvoir le faire. Délai accordé une nouvelle fois par les 27. Effectivement, le Brexit est maintenant reporté au 31 janvier 2020 ! Aura-t-il véritablement lieu ? Nul n’est capable de l’affirmer !

Il serait pourtant bon, pour l’UE comme pour le Royaume-Uni que ce Brexit arrive.

En attendant les nombreux rebondissements qui arriveront -personne n’en doute, Voix d’Europe vous tiendra informés des décisions prises de part et d’autre du Channel.

Chloé LOURENCO