[CINEMA] J’accuse !

Les critiques cinématographiques de Voix d’Europe sont de retour aujourd’hui avec J’accuse ! de Roman Polanski. Ce film historique retrace la contre-enquête réalisée par le colonel Picquart suite à l’affaire Dreyfus, qui a secoué la France dans les dernières années du XIXè siècle. Toutefois, Voix d’Europe s’attachera ici à présenter le film et ne fera aucun commentaire sur son réalisateur, accusé -et c’est le comble !- de viol par plusieurs femmes.

Résumé

En 1894, la France est secouée par une retentissante affaire de haute trahison et d’espionnage au sein de son armée. Un traite a infiltré les rangs de l’Armée française, et divulgue à l’Allemagne, par le biais de son attaché militaire, les plans et les notes de nos canons et de nos pièces d’artilleries les plus secrètes. Dans cette France d’après la guerre de 1870, l’enjeu est de taille. On prépare une revanche, mais il faut pour cela garder nos armes secrètes… secrètes ! Le capitaine Alfred Dreyfus est rapidement arrêté, reconnu coupable, condamné et dégradé. Affaire conclue.

Pourtant, quelques mois après la dégradation publique de Dreyfus et sa déportation à l’île du Diable, le colonel Picquart, promu colonel dirigeant la section « statistique » du Renseignement français, commence à avoir des doutes. Et si la Justice militaire avait été trop vite ? Et si on avait envoyé au Diable un innocent ? Il mène dans l’ombre une contre-enquête, qui débouche finalement sur une certitude : l’homme qui croupit sur un rocher proche de la Guyane, n’est pas le bon coupable. Mais pourtant, il n’arrive pas à se faire entendre par les instances de la Grande Muette -qui n’a jamais si bien porté son nom. Et devant le refus de l’Armée de l’écouter, le colonel Picquart va faire appel à l’auteur le plus en vue de l’époque, Emile Zola, qui publiera dans l’Aurore, un journal dirigé par Georges Clémenceau, sa fameuse lettre ouverte au Président de la République, restée célèbre par son anaphore « J’accuse ! »

« L’affaire » vue autrement

Si ce film traite bien de l’injustice et de « l’Affaire », Dreyfus (Louis Garrel) n’est pourtant pas le personnage principal. Bien sûr, il est omniprésent, mais en parole seulement. Effectivement, les scènes où il apparaît son finalement peu représentées. Le héros du film est bien le colonel Picquart, interprété par Jean Dujardin. Cela permet de voir l’envers du décors, et de traiter un passage de cette affaire bien moins connu du grand public.

Effectivement, si l’on parle souvent des « Dreyfusards », de ce qui l’on défendu, avec au premier chef Emile Zola, on parle peu de la façon dont ceux qui le croyaient coupable ont fini par douter. C’est le cas de Picquart, qui, a priori, n’aurait jamais dû prendre la défense de Dreyfus, s’il n’était pas tombé sur des preuves évidentes de son innocence.

Un excellent casting

De façon général, l’ambiance de cette fin de siècle revancharde est bien retranscrite. On entre aisément dans le film et dans l’Histoire. Le choix des acteurs est particulièrement pertinent : Louis Garrel fait un Alfred Dreyfus très convaincant et pathétique, Emile Zola (André Marcon) semble sorti du Panthéon et les différents acteurs jouant des rôles de chefs de l’Armée (Michel Vuillermoz, Laurent Natrella, Didier Sandre entre autres) sont criants de vérité. Le spectateur ne peut faire autrement que de prendre en sympathie ce pauvre capitaine d’artillerie, injustement condamné et que Picquart tente désespérément de réhabiliter. De même, on ne peut que s’insurger face à l’inertie de l’Armée et à sa volonté de taire les preuves mises au jour.

La musique est aussi un élément important, puisque tantôt martiale, tantôt angoissante, elle reflète bien cette atmosphère particulière qui devait entourée Picquart se heurtant au mur militaire. C’est pourquoi J’accuse ! est un très bon film, qui met en avant tout le savoir artistique de son réalisateur. Encore une fois, Voix d’Europe ne juge ici que le film et non la polémique qui en a découlé.

Chloé Lourenço