Retraites : un problème européen

A l’heure où la France décide de réformer son régime des retraites et alors que l’idée ne fait plaisir à tout le monde, Voix d’Europe dresse un panorama du système de retraites européen. Et à y regarder de plus près, il n’y a pas que l’Hexagone qui est confronté à de sérieux problèmes…

Il ya quelques jours, le patron d’un des plus gros fonds de pensions du monde, déclarait au Financial Times que les jeunes allaient devoir s’habituer à voir revenir leurs parents chez eux, faute de moyens pour assurer leur vie de retraités. Scénario plutôt alarmant pour certains, réconfortant pour d’autres, tout est une question de point de vue. Ce qui est sûr, c’est que cela n’est pas normal.

Une crise européenne

Et si crise il y a, c’est d’abord en Europe qu’elle aura lieu, dans la mesure où le niveau des retraites est relativement élevé. On remarque d’ailleurs que de Londres à Rome, de Berlin à Lisbonne ou d’Helsinki à Bruxelles, tous les systèmes -qui sont très différents d’un bout à l’autre de l’Europe- commencent à craquer.

Les Pays-Bas par exemple, dont le système est l’un des plus généreux du monde (le montant de la retraite atteint 80% du dernier salaire), risque bien de voir émerger une grosse fracture en son sein. Effectivement, dans les prochaines années, la pension des retraités hollandais pourrait bien baisser d’environ 10%. Mais alors pourquoi ? Et bien simplement parce que d’un côté, l’espérance de vie s’allonge -et la durée de la retraite aussi !- et de l’autre les gains obtenus grâce à l’épargne placée chute fortement.

Ces systèmes dits « par capitalisation » sont tributaires des marchés financiers. On pourrait donc penser que dans nos systèmes plus solidaires, la fracture sera moins importante

Du « Baby boom » au « Papy boom »

Que nenni ! Chaque système est confronté à un autre problème contre lequel les Européens ne peuvent pas grand chose : le vieillissement de la population du Vieux continent. Partout, on note une baisse des cotisants et une forte hausse des retraités. Cela est notamment dû au très célèbre « Baby Boom » d’après-guerre, qui se transforme petit à petit en « Papy Boom. C’est une impasse !

Au Royaume-Uni, les enseignants des universités étaient en grève la semaine dernière, parce qu’on envisage de relever leurs cotisations retraites en la passant de 8 à 9,1% du salaire. Le but final est de s’attaquer à un déficit de 8 milliards d’euros environ dont le gouvernement britannique -qui a déjà fort à faire avec le Brexit !- ne sait que faire. Pour un enseignant d’université, dont le salaire n’a pas été augmenté en même temps que son taux de cotisation, cela représente une perte de 110€ par mois.

La Suède, présentée comme un modèle à suivre par les gouvernements successifs, possède, quant à elle, un régime à points. Il s’agit en quelques sortes du système que souhaiterait mettre en place le gouvernement d’Emmanuel Macron en France. Toutefois, le système scandinave est beaucoup plus radical, puisqu’il s’auto-équilibre grâce à la variation de la valeur du point, alors que le taux de cotisation reste fixe à environ 18%. Le problème est simple à comprendre : quand le système est en difficulté financière, mécaniquement les retraites baissent. C’est arrivé 3 fois en 10 ans.

L’allongement de la durée de la vie, en Suède aussi, menace le fragile équilibre du système des retraites, ce qui pourrait engendrer encore une baisse des pensions. Les premiers impactés ne sont pas très différents de ceux qui le sont chez nous : les femmes et les carrières à trous. La seule issue possible semble être de retarder l’âge de la retraite à 64 ans dans le royaume scandinave.

Recul de l’âge de la retraite, baisse des pensions, hausse des cotisations : voilà une triste équation dont le résultat ne plait à personne en Europe. Et pourtant, d’un bout à l’autre du continent, aucune autre solution n’a été trouvée face à une démographie vieillissante. Nous vivons plus longtemps, et il faudra sans doute se faire à l’idée de devoir travailler plus longtemps aussi.

Chloé LOURENÇO