Quelle coopération franco-allemande dans le domaine de l’énergie ?

L’amitié franco-allemande ne concerne pas seulement la culture et les échanges scolaires. Ces dernières décennies, les deux pays ont commencé à coopérer dans de plus en plus de domaines. L’énergie en fait partie, malgré des modèles énergétiques très différents.

La signature du Traité d’Aix-la-Chapelle, le 22 janvier 2019, a ouvert un nouveau chapitre de la coopération franco-allemande. La volonté du président Macron et de la chancelière Merkel était de construire sur le traité de l’Elysée de 1963 en donnant une dimension plus européenne aux échanges politiques. Signe des temps, le développement durable et la transition énergétique font partie intégrante de ce nouveau traité, comme en témoigne le chapitre 5 du texte, intitulé « Développement durable, climat, environnement et affaires économiques ».

La coopération dans le domaine énergétique ne date pourtant pas d’hier, ce qui peut sembler étonnant, dans la mesure où les modèles énergétiques français et allemand sont très divergents, ce qui se ressent même au niveau européen dans l’élaboration d’une politique énergétique intégrée. 

Une coopération, deux modèles énergétiques différents

Pendant longtemps, France et Allemagne ont présenté des similitudes dans leur production et leur consommation énergétique. Ainsi, les deux pays ont exploité de nombreuses mines de charbon tout au long du XIXème et du début du XXème siècles (dans le Nord et en Lorraine en France, dans le bassin de la Ruhr, en Silésie et en Lusace en Allemagne). La crise charbonnière, puis les chocs pétroliers des années 1970 ont fait prendre conscience à l’ensemble du monde développé de la nécessité de diversifier les approvisionnements énergétiques. 

La France s’est alors lancée dans le développement d’une filière nucléaire civile, jusqu’à devenir l’un des principaux producteurs mondiaux. L’Allemagne a également commencé à développer (dès les années 1960) le nucléaire, mais les résistances de la société civile, puis de certains partis politiques après la catastrophe de Tchernobyl en 1986, ont freiné son développement. La production d’énergie renouvelable a commencé très tôt, ce qui a permis à l’Allemagne de développer une stratégie de transition énergétique.

Aujourd’hui, le schéma énergétique en France et en Allemagne est très différent : alors que la première est très dépendante du nucléaire pour sa consommation électrique, la seconde y a totalement renoncé dès 2011 (pour une sortie effective en 2022) et est en train de réfléchir sur une sortie du charbon. Les énergies renouvelables jouent dans les deux pays un rôle de plus en plus significatif, même si les objectifs européens en la matière ne sont pas toujours respectés.

Côté coopération institutionnelle, il faut noter l’existence de l’Office franco-allemand pour la transition énergétique (OFATE), chargé de rapprocher les vues des deux pays sur le sujet au moyen de publications de rapports.

Un axe franco-allemand essentiel pour la construction énergétique européenne

Comme dans de nombreux domaines, la France et l’Allemagne sont une force qui, si elle n’est pas exclusive, compte énormément au niveau européen. Ainsi, la France est le premier producteur d’énergie européen (grâce à l’électricité nucléaire) devant l’Allemagne (qui produit de plus en plus d’électricité d’origine renouvelable, en plus du charbon). L’Allemagne est le premier consommateur européen d’énergie, devant le Royaume-Uni et la France. 

Le fait que l’Allemagne et la France soient les deux pays les plus peuplés de l’Union européenne est une raison majeure à ce rôle déterminant dans la production et la consommation d’énergie. Néanmoins, l’action de Paris et de Berlin a souvent été déterminante. La réticence de la France vis-à-vis du premier paquet de libéralisation énergétique en 1996 a mené à ses révisions successives en 2003 et 2009. La présidence allemande du Conseil de l’UE en 2007 a été déterminante pour l’adoption du paquet climat-énergie de 2008, permettant une transition énergétique à l’échelle européenne. Plus récemment, le soutien de Paris et de Berlin au projet d’Union de l’énergie en 2015 a permis en grande partie son adoption concrète.

Le « Green Deal » présenté par la nouvelle présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen devra obtenir l’aval des Etats membres (l’Europe centrale a déjà fait part de ses réticences). L’action conjointe de la France et de l’Allemagne sera alors plus que nécessaire.

Théo Boucart