COP 25 : échec et mat ?

« There’s no planet B ». Voilà les slogans que l’on peut lire depuis quelques mois lorsqu’il est question de climat. Si le monde entier s’accorde pour dire qu’il faut agir -et rapidement- en faveur de la planète, le passage aux actes est beaucoup plus dur. Réunis à Madrid au début du mois de décembre, les dirigeants des Etats avaient 12 jours pour tenter de sauver la Terre. Et comme la COP 24 l’année dernière, cette gigantesque conférence n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau.

Le ralentissement de l’ambition climatique s’est confirmé à la COP 25. Malgré deux semaines de négociations, les États n’ont pas réussi à se mettre d’accord pour rehausser leurs ambitions avant la COP 26 et pour définir les règles du marché carbone.

Un contexte alarmant

La température moyenne à la surface de la planète s’est déjà élevée de 1 degré depuis 1880 (l’ère préindustrielle). Sous l’effet du changement climatique, le niveau des océans a augmenté d’environ 20 cm au XXe siècle. Dans les années 1980, l’Antarctique (pôle Sud) perdait, en moyenne, 40 milliards de tonnes de masse glaciaire chaque année. Un chiffre qui atteint maintenant, depuis les années 2010, 250 milliards. Selon un groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité (IPBES), environ un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction « au cours des prochaines décennies ». Tout cela sans parler des millions de personnes qui vont devoir être déplacées à cause des changements de température conséquents.

En 2015, lors de la COP21 à Paris, les chefs d’Etats réunis avaient signés un accord phénoménal, engageant leurs politiques dans une direction plus verte et plus écologique. Mais tout cela avait été décidé avant l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Effectivement, malgré les incendies qui ravagent tant l’Australie que la Californie, malgré les inondations à répétition dans le sud de la France ou encore malgré les ours polaires contraints de se rapprocher des villages inuits afin de trouver un peu de nourriture, le Président des Etats-Unis s’obstine à nier le réchauffement climatique.

La COP25 étouffée dans l’oeuf ?

Avant même le début de la COP25 organisée cette année à Madrid par le Chili, le monde savait que cette réunion portant sur l’écologie avait déjà du plomb dans l’aile. La COP 25, organisée par le Chili à Madrid, ne restera gravée dans les mémoires que pour un seul fait : sa longueur record. Face aux faibles niveaux d’ambition obtenus après deux semaines de négociations, le Chili a prolongé de 42 h les débats.

Les deux semaines de négociations ont surtout été marquées par des dissensions fortes entre les pays. « Partout dans le monde, nos concitoyens se mobilisent pour porter ce message d’urgence à agir. Malgré cela, l’ambition n’a clairement pas suffisamment été au rendez-vous dans la décision finale de la COP 25 », réagit Élisabeth Borne, ministre française de la Transition écologique. « L’urgence de la bataille climatique n’est plus une priorité partagée par tous les pays », complète Brune Poirson, secrétaire d’État.Comme attendu, les États-Unis, le Brésil et l’Australie ont tout fait pour saper la dynamique. Mais le plus gênant vient du Canada, du Japon, de la Chine et de l’Inde, qui n’ont pas été à la hauteur pour contrer ces pays. L’Union européenne, à elle seule, n’a pas réussi à faire basculer le leadership du côté de l’ambition.

Du côté des 28, l’objectif est de réduire d’au moins 40% leurs émissions globales de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990 (en 2017, elles avaient reculé de 22 %). Avec une répartition variable de l’effort dans chaque Etat membre.

Les pays de l’UE discutent désormais d’une stratégie ambitieuse qui consisterait à atteindre la neutralité carbone en 2050. Ce qui signifierait qu’ils n’émettraient pas plus de CO2 que leur territoire ne serait capable d’en absorber. Vingt-quatre pays européens sont d’accord, mais la Pologne, la Hongrie, l’Estonie et la République tchèque manquent à l’appel. Et une fois encore, les Etats qui s’engagent devront redoubler d’efforts pour concrétiser les ambitions affichées.

La défense de la planète n’est donc pas une sinécure ! Et pourtant, à Madrid, à part dire que la situation -déjà très urgente- devient critique, qu’il faut agir maintenant et rapidement, les différents dirigeants du monde entier n’ont pas réussi à accorder leurs violons. En d’autres termes, si tout le monde est d’accord pour agir, personne n’est prêt à faire le premier pas.

La seule lueur d’espoir concerne les océans, qui devraient bénéficier d’une plus grande attention de la part des principaux concernés. A voir…

Cap vers la COP26

Le mauvais résultat de la COP 25 laisse reposer tous les espoirs sur la COP 26 qu’accueillera le Royaume-Uni à Glasgow en novembre 2020. Ce qui est dommage, c’est que d’année en année, on compte de plus en plus sur ce qui sera fait et décidé après, lors de la conférence qui suivra. Cela ne peut continuer très longtemps de la sorte. Certains observateurs restent néanmoins optimistes : « Le mouvement citoyen, qui appelle à l’action, prend de l’ampleur et gagne en influence. De jeunes militants plaident pour un futur plus sûr et font preuve d’un leadership qui manquait cruellement jusqu’à maintenant », remarque l’ONG Oxfam.

Chloé LOURENÇO