L’Australie sous les feux des projecteurs

Pour l’Australie, 2020 commence comme 2019 s’était achevée : dans l’horreur des incendies. Depuis plusieurs mois, ce pays-continent brûle de toutes parts, mais la situation risque de s’aggraver encore davantage avec l’été caniculaire qui approche. Le bush brûle, Melbourne et Sydney, koalas et kangourous meurent devant les yeux hébétés du Premier ministre, qui a à peine daigné revenir de son voyage à Hawaï… Qui parlait d’un réchauffement climatique imaginaire ?

200 foyers d’incendies

Les images qui parviennent d’Australie font froid dans le dos. Depuis plusieurs semaines, cette « île continent » est sous le coup de violents incendies que les pompiers n’arrivent pas à éteindre. Selon le Guardian (en anglais), le pays est actuellement ravagé par plus de 200 brasiers. Depuis le début de la saison des incendies, en septembre, les flammes ont détruit près de 6 millions d’hectares de broussailles et de forêts. Soit l’équivalent de deux fois la Belgique, un peu plus que la surface cumulée des régions Bretagne et Hauts-de-France. Quelque 1 500 maisons ont par ailleurs été réduites en cendres, selon les autorités.

Et pour ne rien arranger, l’été arrive à grands pas en Australie, réservant des heures peut-être encore plus sombre. Effectivement, éteindre un feu par 50° semble mission impossible. On voit d’ailleurs des civils tenter de protéger leur maison avec leur tuyau d’arrosage. Dérisoire.

Une conjonction de facteurs (sécheresse exceptionnelle, températures très élevées et vents importants) a donné lieu à une saison des incendies particulièrement dévastatrice en Australie, pointe Le MondeLa Nasa a ainsi comptabilisé près de 65 000 feux de broussailles en Nouvelle-Galles du Sud l’année dernière, contre 13 000 en moyenne, lors des dix-huit années précédentes. Le nombre d’incendies a donc été cinq fois plus élevé en 2019 que lors d’une année ordinaire.

Une population obligée de fuir

Pour de nombreux Australiens, 2020 commence très mal. Sommés par les autorités de quitter leur maison, leur ville, leur vie, certains ont tout abandonné derrière eux. Beaucoup sont sous le choc de voir leur existence réduite en cendres, mais la plupart est néanmoins soulagée de partir. Les autorités ont ordonné vendredi à 100 000 personnes d’évacuer, dans trois Etats« Nous avons littéralement vu partir des dizaines de milliers de personnes », a témoigné le chef des pompiers de Nouvelle-Galles du Sud. 

Dans la petite ville balnéaire de Mallacoota, la marine a évacué le même jour un millier d’habitants et de touristes cernés par les flammes. Certains étaient réfugiés sur le front de mer depuis la Saint-Sylvestre.

Depuis Sydney, le ciel a pris une drôle de couleur orangé, qui n’a rien de naturel. L’air devient de plus en plus irrespirable et les principales villes du pays commencent à être plongées dans un épais brouillard, inexistant d’ordinaire. « Nous avons des collègues originaires de Nouvelles-Zélande. Ils reçoivent les restes des feux et sont incommodés jusque là-bas. C’est dire si le feu est puissant ! » confie Marie, une jeune Française travaillant à Sydney. Cela laisse imaginer l’étendus des dégâts !

Un désastre pour la faune

Quelque 480 millions d’animaux (des mammifères, des oiseaux et des reptiles) sont morts depuis septembre, à cause des incendies en Nouvelle-Galles du Sud, assure une étude de l’université de Sydney. « Beaucoup de ces animaux ont sans doute été tués directement dans les flammes, précise l’université sur son site, tandis que les autres sont morts par la suite, faute de nourriture et d’abri, et en raison de la prédation des chats sauvages introduits et des renards roux. »

Cette estimation s’appuie sur une étude réalisée en 2007 pour l’ONG WWF, qui s’interrogeait alors sur les conséquences de la déforestation en Nouvelle-Galles du Sud. Ces chiffres ne prennent toutefois pas en compte les populations d’insectes, de chauves-souris et de grenouilles. Le bilan des feux sur la faune pourrait donc être encore plus lourd.

La situation des koalas est particulièrement préoccupante, rappelle le Guardian (en anglais). Au moins 30% des marsupiaux de Nouvelle-Galles du Sud sont morts parce que « jusqu’à 30% de leur habitat naturel a été détruit », selon la ministre de l’Environnement.Cet Etat accueille une part importante de la population des koalas, classés espèce vulnérable (source FranceInfo).

L’Australie compte environ 38 000 koalas, ce qui n’est déjà pas énorme. Mais avec les feux importants, leur population aurait déjà été décimée d’environ 8 000 individus. Ces animaux passent 19h à dormir, coincés dans les branches des arbres. Ils ne sont pas aussi rapides qu’un kangourou, et tentent de trouver refuge dans la cime des arbres. Cela se transforme rapidement en prison au cours d’un incendie, et c’est de cette façon que les koalas se retrouvent pris au piège des flammes. Ceux qui en réchappent n’hésitent plus à venir vers les hommes pour demander de l’aide et de l’eau, chose qu’ils ne font pas d’ordinaire, plutôt méfiants et craintifs.

Un Premier ministre dont l’attitude laisse à désirer

Le comble de cette histoire est encore d’entendre le Premier ministre australien, Scott Morrisson, qui essuie de vives critiques depuis le départ des feux.

Certains, comme Paul Parker (en vidéo), pompier de profession, sont même sortis de leurs gonds en entendant dire que les soldats du feu aimaient faire ce qu’ils faisaient ! « C’est ça que nous aimons faire, mon pote, mettre notre vie en jeu« , a-t-il expliqué ironiquement. « Je le fais pour mes voisins, pour le village de Nelligen et pour les Australiens. » « Je ne le fais pas pour Scott Morrison ou pour quelconque enfoiré du gouvernement.« 

D’autant que Scott Morrisson, rentré sans trop se presser de ses vacances à Hawaï s’entête à ne pas voir dans ces incendies catastrophiques une preuve supplémentaire du réchauffement de la planète. Scott Morrison a aussi été très critiqué pour le fait de privilégier le très lucratif secteur du charbon plutôt que la lutte contre le réchauffement climatique, dont le rôle est pourtant montré du doigt dans la crise environnementale actuelle. 

Alors que l’émotion gagne la planète entière, la situation semble désespérée de l’autre côté de la planète. Il n’y a plus qu’à attendre et voir comment l’Australie va réussir à se sortir de ce très mauvais pas.

Chloé LOURENÇO