Schengen, l'objectif croate

Le dernier entrant dans l’UE compte bien utiliser sa présidence pour faire avancer son projet d’adhésion à l’espace Schengen.

Une porte d’entrée orientale non maîtrisée

La Croatie est le seul pays de l’ex-Yougoslavie à avoir réussi à intégrer l’Union européenne. Mais ses frontières avec ses pays voisins sont loin d’être sûres ni fermées. D’autant plus que c’est la plus longue frontière extérieure de l’Union européenne.

Cette condition est essentielle pour une frontière extérieure de l’UE, c’et-à-dire une frontière avec un pays non-membre de l’Union. Pour rappel, l’espace Schengen permet l’ouverture des frontières entre pays membres de cet accord mais veut assurer les contrôles aux frontières extérieures de l’UE.

La Croatie fait face non seulement à ses pays limitrophes mais se trouve également sur la « route des Balkans », empruntée par les migrants pour accéder à l’Union européenne. Bien que la Croatie ne soit qu’un point de passage, de nombreux autres États membres sont mitigés à l’idée d’ajouter la Croatie dans l’espace Schengen. Beaucoup sont devenus frileux depuis 2015 et Schengen est devenu un sujet très sensible dans l’UE. Un pays dont les frontières extérieures sont aussi prisées et pas assez contrôlées risque de devoir négocier et apporter des améliorations.

Un lourd passé avec ses voisins

La Croatie a conscience de ses limites. Mais le Premier ministre, Andrej Plenković, a déclaré ne pas vouloir « ériger de nouveaux murs » avec ses voisins, notamment la Bosnie-Herzégovine qui compte beaucoup de communautés croates. Cela enverrait sans doute un message douteux dans cette région qui panse encore ses plaies d’une guerre civile, violente et sanglante.

L’UE peut-elle alors accepter un pays dans Schengen sans que ses frontières extérieures soient complètement fermées et contrôlées ?

Une compétition inter-UE ?

D’autre part, la Croatie a bien fait comprendre qu’elle comptait se battre pour entrer dans Schengen. Quitte à y entrer avant la Roumanie et la Bulgarie, qui sont en négociations depuis plusieurs années et bloquées par les autres États membres. Ces deux pays font face à d’autres critères qui leur avaient été imposés à leur adhésion en 2007 et qui ne l’ont pas été pour la Croatie en 2013.

La Croatie a ainsi affirmé qu’elle ne ferait pas en fonction de la Roumanie et de la Bulgarie et qu’elle ne comptait pas les attendre. Et elle va utiliser ces 6 prochains mois à la tête du Conseil pour avancer ses pions.

Wassila ZOUAG