Quel bilan pour la présidence finlandaise du Conseil ?

Du 1er juillet au 31 décembre 2019, la Finlande a présidé le Conseil de l’Union européenne pour la troisième fois depuis son adhésion à l’UE en 1995. Défense de l’Etat de droit, compétitivité, transition écologique, rôle sur la scène internationale… retour sur ces six mois de présidence.

Quand bien même la durée soit assez courte (six mois), la présidence du Conseil de l’UE est prise très au sérieux par les pays membres de l’UE. Elle permet aux gouvernements de faire valoir ses domaines d’intérêt au sein de l’institution européenne la plus puissante (avec le Conseil européen), tout en montrant des qualités de conciliation et de facilitation des débats entre membres du Conseil et avec le Parlement européen, l’autre grand décideur de la politique européenne.

Ainsi, depuis le 1er janvier 1958, les Etats membres de la Communauté économique européenne, devenue Union européenne en 1993, se relaient pour assurer cette présidence tournante. Pour la Finlande, c’était la troisième, après 1999 et 2006. A noter que les présidences du Conseil sont toujours regroupées par trois, sous forme de « troïka » d’un an et demi. La Finlande a donc élaboré un programme coordonné avec la Roumanie et la Croatie.

Malgré le changement de premier ministre au cours de ce mandat de six mois (Sanna Marin a remplacé Antti Rinne le 10 décembre 2019), peut-on tirer un bilan positif de la présidence finlandaise ?

Une présidence conforme au « programme stratégique » 2019-2024 

La présidence finlandaise a voulu être la première à se conformer au « programme stratégique » mis en place par l’Union européenne pour la période 2019 et 2024.

Ce programme a pour but d’adapter l’action de l’Union dans un monde de plus en plus instable et est axé autour de quatre thématiques (assez vagues, ce qui est plutôt typique de la communication de l’UE) : protéger les citoyens et les libertés, mettre en place une base économique solide et dynamique, construire une Europe neutre pour le climat, verte, équitable et sociale, et promouvoir les intérêts et les valeurs de l’Europe sur la scène mondiale.

Ces thématiques ont largement inspiré les priorités de la présidence finlandaise. De manière plus générale, la Finlande s’est engagée à rendre les travaux du Conseil plus compréhensibles pour les citoyens.

Renforcer les valeurs communes et de l’État de droit

Tandis que la dérive autoritaire observée en Pologne et en Hongrie est inquiétante, la Finlande se veut exemplaire dans la défense de la démocratie et de l’Etat de droit, valeurs cardinales de la construction européenne. La Finlande est en effet une démocratie parlementaire très stable depuis son indépendance en 1917.

Helsinki a notamment élaboré les conclusions sur la réforme du dialogue européen sur l’État de droit, basées sur une enquête menée auprès des États membres. Le pays a également fait avancer les travaux sur la résilience face aux menaces hybrides, comme les cyberattaques. La législation européenne dans ce domaine est encore à un stade préliminaire et son développement est impératif, alors que des pays comme la Russie sont de plus en plus suspectés de vouloir saboter la démocratie européenne.

Rendre l’Union plus compétitive et socialement plus inclusive

Le modèle de justice sociale scandinave, malgré des réformes vers un affaiblissement de l’Etat-providence, est considéré comme le meilleur du monde. Aussi est-il normal que la Finlande veuille promouvoir une Union à la fois compétitive (et donc créatrice d’emplois) et inclusive (afin de réduire les inégalités).

Pour le pays nordique, l’économie numérique, la politique industrielle et la recherche et développement ont été les axes de réflexion principaux. De nombreuses réunions du Conseil ont aussi mis l’accent sur le rôle de l’éducation et la formation dans une économie compétitive et innovante. Le système scolaire finlandais est régulièrement classé comme le meilleur d’Europe, voire du Monde. Cela explique donc les bonnes performances économiques du pays et sa volonté d’avancer sur le sujet au niveau européen.

Consolider la position de l’UE comme le leader mondial en matière de climat

Il s’agit DU sujet de ces derniers mois. Depuis l’année dernière, la sensibilisation à la lutte contre le dérèglement climatique et à la transition énergétique et écologique prend une proportion considérable dans le débat public à mesure que les revendications de la société civile contrastent avec les faibles progrès des politiques publiques.

La présidence finlandaise considère ainsi que l’avancement du Green Deal (ou « Pacte vert pour l’Europe » en français) est l’un de ses plus gros succès. Cette stratégie phare de la Commission européenne, dévoilée mi-décembre, doit permettre à l’Europe de devenir le premier continent « neutre en carbone » d’ici 2050. L’arsenal législatif proposé (une cinquantaine de mesures à entériner cette année et en 2021) doit ainsi asseoir le leadership européen en termes de transition énergétique.

Plus concrètement encore, la présidence finlandaise peut se targuer d’avoir été l’une des présidences à l’empreinte carbone la moins élevée. En effet, la volonté d’efficacité a permis une diminution du nombre de réunions nécessaires, ce qui aurait permis à la présidence finlandaise d’émettre 70% de gaz à effet de serre en moins qu’une présidence « classique ».

Garantir la sécurité globale de tous.

Enfin, le volet extérieur de l’action européenne n’a pas été négligé, même si la marge de manœuvre est moindre. Alors que la Commission dirigée par Ursula von der Leyen s’est autoproclamé « Commission géopolitique », la présidence finlandaise a tenté de soutenir l’action du Haut représentant de l’Union sur la scène internationale.

Helsinki a rappelé l’importance du partenariat stratégique avec l’Afrique et la cohérence de la politique européenne vis-à-vis de l’Arctique. Elle n’a néanmoins pas eu de chance sur la politique d’élargissement, dans la mesure où le Conseil européen a refusé l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie.

Théo BOUCART