Machine arrière pour les retraités européens au Portugal

C’était un paradis pour les retraités français et européens. Le Portugal fait machine arrière dans sa politique fiscale : les retraités étrangers ne seront plus aussi bien traités. Le Premier Ministre portugais, Antonio Costa (à gauche), a annoncé qu’il comptait dorénavant taxer les revenus des retraités étrangers au Portugal à hauteur de 10%.

Retraités plus taxés

Où couler de vieux jours paisibles ? Pour de nombreux Européens et depuis plusieurs années, la réponse était au Portugal. La raison est simple : le climat est bon, la vie n’est pas trop chère et surtout les retraités étrangers étaient exonérés d’impôts sur le revenu pour une durée de 10 ans !

Cette alléchante mesure avait été décidée au plus fort de la crise il y a 10 ans et était destinée à attirer les consommateurs aisés et les investisseurs afin de revitaliser l’économie lusitanienne. Ce fut un réel succès, puisque des milliers de Français se sont installés à Lisbonne et dans l’Algarve.

Mais alors, pourquoi arrêter une mesure qui fonctionne bien ? Et bien d’abord parce que depuis 2015, le Portugal va mieux et s’est bien redressé. Cette politique, plus qu’avantageuse pour les étrangers résidant dans le pays, était très mal vue des Portugais, qui eux, payent de lourds impôts. Effectivement, avec cette mesure fiscale, les prix de l’immobilier à Lisbonne et dans les principales villes du pays ont considérablement augmenté. Et les Français n’étaient pas les seuls à émigrer vers le Portugal. Les Brésiliens aussi sont venus en masse, effrayés pour la plupart par le taux de criminalité important dans leur pays, alors que de l’autre côté de l’Océan, il fait partie des plus bas d’Europe.

Prêt conséquent pour cure d’austérité dramatique

Même si de nombreux citoyens portugais râlent, la disparition des 10 ans d’impôts sur le revenus gratuits n’entrera en vigueur que pour les nouveaux arrivants. Pas question de supprimer une promesse faite quelques temps en arrière. Et cela peut s’expliquer.

Le Portugal a été l’une des victimes les plus sévères de la crise entre 2011 et 2012. Il a même dû solliciter un prêt de plus de 80 milliards d’euros à l’UE, tout en suivant une cure d’austérité dramatique qui a accru la profondeur de la récession. Depuis, le chômage a été divisé par deux pour atteindre 6% de la population active en 2019 (contre 8% pour la France !) et le déficit budgétaire a presque totalement disparu. Pour la première fois en 40 ans, les comptes du Portugal sont à l’équilibre.

Cette renaissance portugaise a été permise par une équipe compétente aux commandes du pays. Son ministre des Finances d’alors, Mario Centeno, a fait des miracles. Wolfgang Schaüble, ministre allemand des Finances le qualifiait même de « Ronaldo des Ministres des Finances ». C’est dire. Mais il faut bien avouer que la politique ne fait pas tout et que le pays a également eu beaucoup de chance. La chute des taux d’intérêts dans la zone euro a été un élément capital pour le Portugal, un pays dont la dette publique dépasse les 120% du PIB…

Chloé LOURENCO