Entre budget et sécurité, l’UE post-Brexit face à ses échecs

Courrier d'Europe
Article de Gwendoline de Boé, rédactrice chez notre partenaire Courrier d’Europe

Ces deux dernières semaines se déroulaient deux sommets majeurs dans les relations internationales, principalement pour l’Union Européenne après le départ du Royaume-Uni le 31 janvier. Pourtant, lors de la 56ème conférence de Munich et du sommet du Conseil européen pour le budget septennal, l’Union a peiné à s’imposer comme force politique unie.

La conférence annuelle sur la sécurité  rassemblant pas moins de 800 délégués dont près de 150 chefs d’Etat, chefs de gouvernements et ministres a surtout été l’occasion pour Emmanuel Macron de revenir sur ses récentes prises de position unilatérales qui n’avaient pas manqué d’inquiéter ses alliés européens : sa volonté d’initier un dialogue avec la Russie, son refus d’ouvrir les pourparlers sur l’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine du Nord ou encore des suggestions sur l’OTAN et sa « mort cérébrale ». Cette année marquant la première participation du président français à la conférence, elle n’échappe pas à prouver son utilité dans le message diplomatique, précisément car l’Europe prétend toujours à s’imposer comme un acteur stratégique sur la scène internationale. L’unité du message européen est donc indispensable avant que les vingt-sept puissent entamer un dialogue international crédible.

La conférence a aussi été l’occasion pour Emmanuel Macron de préparer l’« après-Merkel », en rencontrant des parlementaires allemands et les dirigeants écologistes. S’il est vrai que la politique étrangère américaine a été condamnée d’une seule voix par Emmanuel Macron et Frank-Walter Steinemeier, le président allemand, l’Allemagne n’a pas été force d’initiative pour l’Union européenne pendant ces trois journées de discussion.

En pleine crise politique au sein de son parti (CDU), Angela Merkel n’est pas sortie de Munich indemne. Ses partenaires l’ont critiquée pour avoir laissé au point mort sa suggestion d’une plus grande implication internationale de la part de l’UE. C’est aussi dans son propre camp que la chancelière fédérale a fait l’objet de reproches, notamment de la part de son potentiel successeur Armin Laschet, qui a déploré l’inaction de la chancelière face aux initiatives de dialogue venant de Paris.

Une autre rencontre stratégique pour l’Union Européenne a été celle du Conseil Européen pour le budget les 20 et 21 février 2020 derniers. Proposé par la Commission, amandé puis adopté unanimement par le Conseil Européen, le budget doit être finalement adopté par le Parlement. Mais une semaine après le bilan mitigé de la conférence de Munich, les dirigeants européens ont manqué à s’accorder sur une répartition du budget global pour la période 2021-2027. Le sommet représentait l’opportunité pour Charles Michel et Ursula von der Leyen, depuis peu en poste au Conseil et à la Commission, d’accréditer leur statut respectif de dirigeants de l’Union. Plus encore, c’était le moment charnière de l’après-Brexit.

Le départ du Royaume-Uni, deuxième contributeur net, laisse en effet un trou estimé de 60 à 75 milliards d’euros dans le budget communautaire septennal. Londres, souvent montrée du doigt par ses partenaires comme force de division, ne peut pourtant plus être tenue responsable pour l’échec des négociations comme l’affirmait Emmanuel Macron : « Les Européens n’ont pas besoin de la Grande-Bretagne pour faire montre de désunion ». C’est ainsi Mark Rutte, premier ministre néerlandais, qui a volontiers été comparé au Royaume-Uni dans la presse pour le rôle de blocage qu’il a joué dans les négociations.

En effet, les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède et le Danemark font partie des Etats dits « frugaux » qui refusent de dépenser plus de 1% de leur revenu national brut pour l’Europe. Ils avaient déjà eu l’occasion d’affirmer cette position le 16 février auprès du Financial Times. L’Allemagne, contributrice à elle seule à 1/5 du budget européen, a donc rejoint ces derniers pays, formant le « club des 4+1 » lors du sommet. Les cinq pays se portent en faveur d’une augmentation des dépenses au profit de la lutte contre la crise climatique, la gestion des flux migratoires et la transition numérique.

Puis, un « club » d’une quinzaine de pays du sud et de l’est, dont l’Espagne et la Grèce, s’oppose fermement à une réduction des aides accordées au titre de la politique de cohésion, fonds versés aux régions les plus pauvres. De son côté, la France a demandé une plus grande part pour la politique agricole commune et le Fonds européen de défense. Or, dans le plan de Charles Michel les grandes politiques de l’Europe, dont la PAC et le Fonds de cohésion font partie, représentent plus de 65% des 1 095 milliards totaux. Le budget affecté à la transition climatique passerait lui de 20 à 25%. Enfin, le président du Conseil européen proposait aussi une augmentation des ressources propres et la baisse progressive des rabais, dont profitait le Royaume-Uni, auxquels les 4+1 déclaraient déjà ne pas démordre.

S’il n’est pas inhabituel que les négociations budgétaires échouent lors de la première rencontre des chefs d’États européens, ces trente-six heures de négociations se soldent pourtant par une défaite du fédéralisme. Les Etats membres se sont campés, intransigeants, sur des positions encore trop divergentes.

Ursula von der Leyen déclarait qu’il était indispensable que « le travail se poursuive avec une grande vigueur pendant les semaines et les mois à venir ». Toutefois, l’entreprise paraît tumultueuse si l’on constate que quand bien même un accord était trouvé d’ici la prochaine rencontre, il devrait être voté par le Parlement européen. Or, l’Assemblée revendiquait un budget à 1,3% du revenu national brut européen contre 1,074% d’après la proposition de Charles Michel. Rappelons que plus de la moitié des eurodéputés dépendent de partis politiques d’opposition sur le plan national.

Ainsi, c’est le revers de deux rendez-vous stratégiques pour l’Europe et l’opportunité manquée d’attester de son unité et de son ambition de relancer le projet européen.  Les négociations à venir ne s’annoncent pas sans obstacles. Dans les prochains mois plus que jamais, l’Union Européenne devra faire foi de son crédit auprès de ses partenaires internationaux.