#FreeFariba : 300 jours déjà

6Depuis 300 jours, Fariba Adelkhah est prisonnière scientifique de la République islamique d’Iran. Arrêtée début juin par les Gardien de la Révolution, elle a déjà entrepris une grève de la faim entré décembre 2019 et mi-février 2020. En vain. Certes, elle a eu le bonheur de voir son camarade d’infortune, Roland Marchal, arrêté en même temps qu’elle, libéré le 20 mars dernier à l’occasion de la fête de Nowrouz. Fariba, elle, croupit toujours au fond d’une geôle iranienne et en France, ses collègues et amis continuent leur combat pour la voir libre.

A propos de Fariba

Fariba Adelkhah naît en 1959, en Iran, dans la province du Khorassan, une province proche de l’Afghanistan. En 1977, elle débarque à Paris afin d’accomplir ses études, d’abord à l’université de Strasbourg, puis à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales. Elle publie sa thèse en 1990. Spécialiste de l’anthropologie sociale et de l’anthropologie politique de l’Iran post-révolutionnaire, elle devient chercheuse au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences-Po Paris en 1993. Ses travaux initiaux portaient sur les femmes, leur place, leurs droits, et la révolution islamique. Ses recherches actuelles portent sur la circulation des clercs chiites entre l’Afghanistan, l’Iran et l’Irak. Chercheuse de terrain, reconnue internationalement et respectée par ses pairs, Fariba Adelkhah est membre des comités scientifiques des revues Iranian Studies et Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée.

300 jours en prison

Son procès, ainsi que celui de son compagnon d’infortune, Roland Marchal, devait se tenir début mars 2020. Il a pourtant été reporté sine die à cause de la pandémie de coronavirus qui sévit sur la planète. Depuis, Roland Marchal a été libéré. Pour Fariba en revanche, on nage encore dans le flou le plus total. Les fais qui lui sont reprochés sont simples, mais fallacieux. Jusqu’en janvier dernier, elle était accusée d’espionnage pour la France, « de propagande contre le système politique de la République islamique  » et de « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale« , Fariba Adelkhah est en réalité une chercheuse qui fait son métier de chercheuse. Cependant, elle expliquait en 2009 aux journalistes de L’Express, que « l’Iran ne reconnaît pas l’autonomie de la recherche. Le chercheur est considéré comme un agent 007« .

Fort heureusement pour Fariba, la charge d’espionnage, passible de la peine de mort, a été abandonnée. Si elle peut recevoir des visites de son avocat et de sa famille, elle n’a en revanche pas pu bénéficier d’une assistance française. Effectivement, l’Iran ne lui reconnaît pas la double nationalité, et par conséquent la considère comme un sujet « 100% » iranien, et traité comme tel.

Dans une lettre ouverte adressée au Centre pour les droits humain en Iran (CHRI) basé à New-York, Fariba et Kylie Moore-Gilbert, également retenue prisonnière pour les mêmes raisons, ont dénoncé leurs conditions de détention. Elles expliquent avoir été soumises à de « la torture psychologique » et « à de nombreuses violations de leurs droits fondamentaux« . « Nous lutterons au nom de tous les universitaires et chercheurs à travers l’Iran et le Moyen-Orient qui, comme nous, sont injustement les cibles d’accusations forgées de toutes pièces« , affirment-elles.

Un comité de soutien sans failles

Aussitôt informé de l’enlèvement de la chercheuse, le CERI a immédiatement entamé des démarches afin de la retrouver au plus vite. Avec l’aide du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), le CERI a notamment fait en sorte qu’elle puisse au moins bénéficier d’un avocat iranien, très expérimenté et agréé par le gouvernement iranien.

Malgré un contexte iranien très complexe, tout est mis en oeuvre pour que Fariba Adelkhah soit libérée le plus vite possible. « Il nous faut continuer la lutte pour faire revenir au plus vite Fariba », clame de son côté le comité de soutien. « Nous accueillons avec soulagement l’arrivée de Roland Marchal à Paris », mais « seule la moitié du chemin est parcourue », a rappelé à l’AFP Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID (Institut de hautes études internationales et du développement) de Genève (Suisse) et membre de ce comité.

Gageons que leurs prières soient rapidement exaucées et que Fariba retrouve la liberté et le sol français au plus vite, et dans des conditions de santé les meilleures possibles. #FreeFariba !

Voici le lien vers le blog du comité de soutien : cliquez ici

Chloé LOURENÇO