[GRAND FORMAT EUROPÉEN] Quand coronavirus et argent font bon ménage

Pour l’instant, le monde subit. Le coronavirus se propage à une vitesse exponentielle et le monde tente de se protéger avec des bouts de chandelles. Le monde scientifique s’acharne à trouver une remède, un vaccin, une solution à cette pandémie, et ce, le plus vite possible. En Europe, le programme “Discovery” a été lancé dès la fin mars dans plusieurs pays membres afin d’augmenter les chances d’aboutir rapidement. Mais avec une telle envie de résoudre le problème Covid-19, certains maillons en profite pour remplir leurs poches… Le revers de la médaille. 

Discovery : de quoi parle-t-on ?

Trouver un vaccin le plus vite possible afin d’endiguer la crise du coronavirus. Voilà ce qui anime le monde, aussi bien scientifique que politique, en ce moment. Pour y parvenir, l’UE a lancé dès le 22 mars 2020 un gigantesque essai clinique couvrant sept pays. Son objectif est simple : explorer la voie médicamenteuse pour mettre un terme au virus. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas ont immédiatement souhaité participer. 

Son protocole consiste à comparer la prise en charge « classique » des patients souffrant du Covid-19 à quatre autres approches thérapeutiques pour en déterminer la plus efficace. A la différence d’essais cliniques traditionnels, l’attribution des traitements se fera de façon transparente – on parle d’essai ouvert – c’est-à-dire que les patients et les médecins sauront quel traitement a été donné à telle personne. Il s’agit ici de gagner du temps.

A l’origine, l’étude devait comporter quatre branches. Tout d’abord, les patients soignés de façon “standard”, autrement dit un groupe témoin, à qui on n’administre aucun traitement. A côté, trois autres groupes de malades sont constitués. Les premiers recevront un traitement normalement destiné aux malades d’Ebola, d’autres recevront des médicaments destinés aux traitements contre le VIH, les derniers, enfin, recevront un protocole utilisé contre le VIH associé à une protéine d’origine naturelle chargée de la lutte contre les infections. 

La France a par la suite demandé qu’un cinquième groupe soit ajouté, de façon à ce que l’on puisse inclure la désormais célèbre chloroquine au programme Discovery. 

Florence Ader, professeure de maladies infectieuses au CHU de Lyon et codirectrice du projet, explique par ailleurs que chaque patient recevra un traitement en accord avec son état. Pas de cobayes humains, donc. Le contingent total compte environ 3 200 patients, dont 800 Français. La priorité a été donnée aux patients présentant les formes d’infections les plus sévères. 

Un peu plus d’un mois après le début de cet essai clinique, les premiers résultats se font attendre. Pourtant Florence Ader avait prévenu dans Sciences & Avenir : “Nous ne recevrons pas de résultats avant au moins la fin avril”. Elle avait d’ailleurs ajouté : “La maladie « a une évolution assez longue. (…) Ca veut dire que pour l’analyse globale des 100, 200, 300 premiers patients et résultats, il faudra attendre que chaque patient ait franchi ce cap du 15e jour.

Quatre laboratoires sont engagés dans cet essai : Sanofi, Merck, AbbVie et Gilead. Tous souhaitent bien sûr résoudre cette crise du coronavirus au plus vite, mais chacun espère également que sa molécule sera le meilleur remède. Une course au médicament qui peut, peut-être engendrer quelques débordements. 

Plein les poches pour les laboratoires pharmaceutiques 

Alors que de nombreuses entreprises sont totalement à l’arrêt, des millions de personnes au chômage ou sans emploi, certaines filières ne connaissent pas la crise du covid-19 : les laboratoires pharmaceutiques. 

Déjà décriées en temps habituel comme lobbies impitoyables, les entreprises pharmaceutiques semblent surfer sur la vague de la contamination pour s’enrichir. Alors que le corps médical manque de tout (personnel, blouses, combinaisons, masques gants), les laboratoires pharmaceutiques voient les demandes et leur côte en bourse monter en flèche (+1370% pour Co-Diagnostics, fabricant de tests, ou encore +232% pour Alpha pro Tech, fabricant de masques). Ces entreprises ne devraient-elles pas participer davantage à l’effort de solidarité alors que la plupart des humains n’ont pas les moyens de se payer des soins ? 

Les laboratoires ne font pas défaut à leur réputation : une course contre la montre est en cours et tous les moyens sont bons pour gagner. Et pour cause, celui qui trouvera en premier un traitement effectif et efficace bénéficiera de commandes de la planète entière. Une mine d’or avec 7 milliards d’habitants. 

Néanmoins, certains laboratoires comme Sanofi ou Bayer ont fait par exemple des dons de molécules chloroquine pour les essais cliniques. En ces temps de crise, ils tentent surtout de rassurer sur leurs moyens de production. C’est une situation qui les met à l’épreuve de joindre grande rapidité et réponse sanitaire efficace. 

Les laboratoires pharmaceutiques sont certes de grands méchants loups qui profitent des systèmes de santé mais leur travail permettra sans doute de sauver des milliers de vies. Espérons qu’ils fassent en sorte que tout le monde y ait accès.   

La mafia profite du Covid

En Italie, la catastrophe sanitaire profite à la mafia. Selon Roberto Saviano (journaliste et auteur de Gomorra), la mafia distribue des produits alimentaires et contribue à l’octroi de prêts gratuits aux plus démunis pour s’en attirer les bonnes grâces. Un numéro vert a dû être mis en place pour permettre aux citoyens de dénoncer ces gestes qui ne sont vraiment pas caritatifs. Ce phénomène peut être aussi remarqué en Amérique latine où les gangs et cartels ont arrêté de demander de l’argent pour gérer la sécurité : ils aident la population, font respecter le confinement et diffusent les informations sur les risques sanitaires. Au Japon, les Yakuza (mafia japonaise) ont envoyé 30.000 masques à la Chine.

Mais, si d’un côté on essaye « d’aider », de l’autre, on essaye de profiter de la situation. En effet, les groupes mafieux cherchent aussi à s’approprier des affaires en difficulté. Selon Saviano, l’Italie espère recevoir des financements européens pour faire face à la crise économique justement afin d’éviter des situations difficiles pour les petites entreprises qui seraient, le cas échéant, contraintes de trouver de nouveaux « partenaires ». Cela veut souvent dire faire affaire avec les groupes mafieux. « Si lEurope nintervient pas bientôt, la multiplication de largent mafieux qui se trouve déjà en Allemagne, en France, en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique sera incontrôlée », a ajouté le journaliste.

Saviano raconte également qu’à Naples, les prêteurs sur gages ont annulé les intérêts de leurs dettes sur ordre de la Camorra. Le but ? Obtenir des “services” en échange qui pourraient être des suffrages aux élections ou être des prête-noms dans des contrats par exemple.

Le journal allemand Die Welt a également porté l’alarme sur le rôle de la mafia durant cette pandémie. « En Italie, la mafia attend juste une nouvelle pluie dargent de Bruxelles », a analysé le journal mettant en garde contre l’octroi « sans limites » et « sans aucun contrôle » de fonds par l’Europe en liaison avec la crise provoquée par le Covid-19. 

L’équipe de Voix d’Europe