Covid19 : situation alarmante au Brésil

L’épidémie de coronavirus a beau être qualifiée de « petite grippe » par le président Bolsonaro, elle s’intensifie au Brésil, frappant un pays dont le système de santé n’est pas en capacité de répondre correctement à un tel défi sanitaire.

Un bilan qui s’alourdit rapidement

Partout au Brésil, on creuse. A la main, avec des pelles ou des pelleteuses, on creuse de gigantesques fosses communes. A la mi-mai, le pays devenait le 3è pays le plus touché par l’épidémie en termes de contaminations au covid-19. On compte désormais les morts par milliers, et les services de pompes funèbres n’ont pas les moyens de répondre dignement à la détresse des famille.

Dans ce pays de 210 millions d’habitants, le virus a déjà fait plus de 20 000 morts, soit presque la moitié des morts de l’Amérique latine totale. En d’autres termes, les autres pays du continents recensent, tous ensemble, moins de morts que le Brésil tout seul. Toutefois, et c’est sans doute une donnée encore plus inquiétante, les chiffres seraient largement sous-estimés par les autorités. Faute de tests fiables, les chiffres réels pourraient être 15 fois supérieurs à ce qui est officiel. Cela paraît presque incroyable, mais c’est pourtant la conviction d’un groupe de chercheurs brésiliens.

Et Jair Bolsonaro, le président du Brésil, continue de fustiger largement les mesures de confinement prises par certains gouverneurs. Face à sa gestion désastreuses de la crise, les démissions pleuvent au sein du gouvernement et les contestations montent. Rien à faire. Le président s’entête, invoquant même la volonté de ses détracteurs de le voir quitter le pouvoir.

Des services de santé au bord de l’asphyxie

Dès le début de l’épidémie, plusieurs gouverneurs et maire ont alerté sur les défaillances du système de santé publique, indiquant que tous les malades ne pourraient pas être pris en charge, et que par conséquent, les médecins devront faire le terrible choix de savoir qui vivra et qui partira.

C’est particulièrement le cas des Etats du Nord-Est, du Nord et du Sud-Est. L’Etat d’Amazonas (au Nord) est probablement l’Etat dont la situation est la plus préoccupante. Avec environ 4 millions d’habitants, Amazonas est le cinquième Etat du pays en termes de morts du covid. « La situation frise la barbarie. Les hôpitaux se sont effondrés. Nous avons demandé des médecins, des respirateurs pour augmenter les unités de soins intensifs disponibles, des médicaments, mais jusqu’à présent nous n’avons eu aucune réponse », s’alarme le maire de Manaus, capitale de l’Etat, auprès du Journal du dimanche (article payant)

Et même face aux évidences, Jair Bolsonaro s’oppose toujours fermement aux mesures de confinement, expliquant que l’économie du Brésil ne peut s’arrêter devant une « grippette », un « petit rhume » ou encore « une hystérie ». Le chef de l’Etat va même jusqu’à nier l’importance des gestes barrières, serrant des mains à tours de bras.

La population, pourtant vulnérable », adhère mal au confinement, si bien que le Brésil s’apprête presque à entamer un déconfinement… avant d’avoir connu le confinement ! Comme aux Etats-Unis, des manifestations contre le confinement ont éclaté dans plusieurs villes et sont mêmes encouragées par le président.

Le moins que l’on puisse dire est que cette pandémie de coronavirus divise plus que jamais un pays qui n’avait pas besoin de cela.

Chloé LOURENCO