Coup de tonnerre au Portugal et à l’Eurogroupe

Crédits photos : François Walschaerts, AFP, 2020

Surprise ! Mário Centeno, Ministre portugais des Finances et Président de l’Eurogroupe, a démissionné ce mardi 9 juin de son poste de Ministre et de facto de son poste de leader des ministres européennes de l’Economie.

Les bruits de couloir l’annonçait depuis quelques semaines et ils ne s’y sont pas trompés pour une fois : Mário Centeno a présenté sa démission au Président portugais, Antonio Costa, après 5 ans de bons et loyaux services. Les rumeurs disent que les deux ne s’entendaient plus et que la crise du coronavirus a accru les tensions entre les deux parties. Bien que le Président portugais ait renouvelé sa confiance en son ministre, il semble que la rupture ait été consommée.

Un ministre très populaire

Mário Centeno est très apprécié et son départ est un événement chez nos amis portugais. Le « Ronaldo des finances » a réussi à remettre à flots l’économie portugaise, touchée de plein fouet par la crise de 2008. A coup de réformes, il a réduit la dette publique du pays de 117% et a transformé le déficit public en excédent budgétaire.

Malgré les rumeurs de tension, Mário Centeno n’a pas donné de raisons à ce départ. Plus étonnant, M. Costa a vivement salué le bilan de son Ministre et a même regretté de ne pas pouvoir lui faire d’accolade en raison des distanciations physiques dues au Covid-19.

Mário Centeno a été remplacé par João Leão, proche de M. Costa, et actuel Secrétaire d’Etat portugais au Budget.

Une place vacante à la présidence de l’Eurogroupe ?

Mário Centeno a également dû annoncer son retrait, de fait, de la présidence de l’Eurogroupe, poste qu’il menait de front avec son poste de Ministre. L’Eurogroupe constitue la réunion informelle des ministres de l’Economie et des Finances des pays de la zone Euro (19 Etats sur les 27 membres de l’UE).

Il reste cependant en fonction jusqu’au 13 juillet prochain, date officielle de la fin de son mandat de deux ans et demi. Il a d’ailleurs présidé la réunion de l’Eurogroupe hier jeudi 11 juin et devait annoncer s’il briguait un second mandant.

Enfin, pour être élu la première fois, le président de l’Eurogroupe doit être ministre des Finances de son pays. S’il est démis de ses fonctions pour X raison, il peut tout de même candidater à un autre mandat tant qu’il est président, avec l’accord de son pays d’origine.

Que va donc faire Mário Centeno ? Se représenter ou laisser son poste ? Les premières indications laissaient entendre qu’il annoncerait son retrait total. Mais un poste aussi important, surtout en cette période de crise économique post-covid, ne reste jamais longtemps vacant. Plusieurs Ministres des Finances de pays de l’UE ont annoncé leur intérêt pour la Présidence comme l’Espagnole Nadia Calviño ou le Luxembourgeois Peter Gramegna.

L’Eurogroupe perd un Président apprécié et qui a su remettre non seulement son pays mais aussi l’UE sur les rails. Avant le Covid-19, les économies européennes se portaient bien. Son savoir et ses directives auraient certainement été favorables pour surmonter la crise économique que traversent les pays de l’UE.

Wassila ZOUAG