#Oniratousaucinema ! De Gaulle

Le 22 juin dernier, tous les cinémas de France ont rouvert leurs portes, fermées depuis le début du confinement, le 16 mars 2020. Beaucoup de cinéphiles espéraient pouvoir s’y rendre et y trouver les films qu’ils n’avaient pas eu le temps de voir en mars. C’était le cas pour De Gaulle, le film de Gabriel Le Bomin, un biopic sur le Général au moment le plus important de son histoire : lors de son célèbre appel. Voix d’Europe vous en dit plus…

Avant toute chose, il est bon de noter combien il était réjouissant de retrouver les salles obscures et les habitudes qui y sont liées. Et le tout sans le masque ! Effectivement, une des principales interrogations que l’on avait avant la réouverture des cinémas était de savoir si les spectateurs devraient ou non porter leur masque pendant toute la durée de leur séance. La réponse était simple : pour acheter son ticket et au moment des déplacements (entrée, sortie, passage au toilettes) le port du masque est obligatoire. Mais si vous ne bougez pas de votre siège pendant la durée du film, vous pouvez le retirer. Il est également demandé aux spectateurs de garder un siège d’écart entre eux, au moins, sauf pour les personnes venant au cinéma ensemble. Pas de raison de vous éloigner de votre moitié si vous passez déjà le reste du temps tous les deux, dans votre petit 2 pièces !

De Gaulle, le pitch

En mai 1940, Charles de Gaulle, fraîchement nommé général de brigade, est confronté à l’effondrement militaire et politique de la France. Il s’oppose alors au défaitisme du gouvernement en place, en partie incarné par le maréchal Philippe Pétain. Après avoir fui à Bordeaux avec certains membres du gouvernement, Charles de Gaulle rejoint Londres pour demander l’aide de Winston Churchill et tenter de maintenir la lutte. De son côté, sa femme Yvonne doit quitter la propriété de Colombey les Deux Églises. Elle se retrouve avec ses trois enfants en plein exil et doit échapper à l’arrivée des Allemands. Elle part d’abord pour le Loiret, puis à Carantec en Bretagne, avant de fuir le pays en bateau. La vie est dure notamment pour la benjamine de la famille, Anne, atteinte de trisomie 21. Depuis Londres, le général va tout tenter pour remotiver les troupes. Le 18 juin 1940, il lance un appel radio sur les ondes de la BBC. Le lendemain, il retrouve sa famille.

Charles avant de Gaulle

Beaucoup d’encre a coulé sur ce biopic autour d’un des plus célèbres personnage français. Pour certains, le film est raté, pour d’autres, c’est tout le contraire. Tout du long, le spectateur est plongé dans l’intimité de la famille de Gaulle, car les personnages d’Yvonne, de Philippe ou d’Elisabeth ont tout autant d’importance que celui de Charles. A cette époque, en 1940, peu de temps avant l’appel, de Gaulle n’est pas encore celui que tout le monde connaît. Il n’est rien de plus qu’un petit colonel, devenu général aux premiers jours du mois de juin. Personne ne l’écoute réellement, personne ne croit en sa vision de la guerre et de la tactique à adopter. Il va pourtant se battre pour être écouté, tant au sein du gouvernement Reynaud, qu’une fois arrivé à Londres.

Le film met en lumière un intéressant diptyque : Charles, d’un côté, incarnant l’aspect militaire et politique ; Yvonne, de l’autre, présentant l’affect et l’aspect civil. Il se bat pour la France, elle lutte pour sa famille. A une époque tourmentée, où fuir vers un ailleurs inconnu mais dangereux -quoique peut-être pas aussi dangereux que ce qu’on quitte…- était la seule chose à faire, le scénario oscille toujours entre les décisions politiques, prises à Paris ou Bordeaux, dans des lieux somptueux et dorés, et les décisions prises dans le cercle familial restreint. Combiner les deux est extrêmement difficile.

Entre avril 1940 et ce fameux jour de juin de la même année, on suit les tourments, les hésitations, les peurs et les joies de la famille de Gaulle. Et cela le rend peut-être plus humain.

Intéressant « biopic »

Gabriel Le Bomin donne l’occasion au spectateur d’assister, médusé, par les yeux du Grand Charles, à la grande Histoire qui bascule. Et ceux de sa famille, pour être sur à peu près tous les fronts. Sur celui de l’exode des civils, de la mort au bout de la route, de l’incertitude et de l’ignorance de la destination finale de l’exil. Sur celui de la diplomatie, à cheval des deux côtés de la Manche, envisageant les scénarios les plus improbables, du dominion anglais à la poursuite du conflit via l’Afrique du Nord. Celui de l’infiltration, en coulisses, de l’idée de la fin négociée du conflit et de ses sombres desseins.

De Gaulle met à notre portée son personnage, refusant obstinément de le sacraliser. Ceux qui voulaient y voir un grand film historique en seront pour leurs frais, car l’oeuvre est bien plus portée sur le côté humain de cette période charnière de la vie du général. Si l’on pourra en perdre en rigueur, le coeur, lui, parlera.

Chloé LOURENCO