[GRAND FORMAT EUROPEEN] Présidence allemande du Conseil : la protection du climat toujours prioritaire ?

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Légende : L’éolien est la deuxième source d’électricité en Allemagne, derrière le charbon. Mais le pays ne doit pas relâcher ses efforts.

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Treize ans plus tard, l’Allemagne retrouve pour un semestre la présidence du Conseil de l’Union européenne. Si Angela Merkel est toujours chancelière et que Frank-Walter Steinmeier, à l’époque ministre fédéral des Affaires étrangères, est désormais président de la République Fédérale d’Allemagne, les enjeux auxquels font face à la fois l’Allemagne et l’Union européenne ont profondément changés durant la période. Désormais parmi les questions prioritaires se retrouvent des problématiques notamment économique et environnementale.

“Le point de départ de nos efforts” : Andreas Scheuer, le ministre fédéral allemand des transports et des réseaux numériques, place la protection du climat au premier rang des priorités. Le ministre a même renchéri en insistant sur la volonté commune de l’Allemagne, du Portugal et de la Slovénie, les trois Etats qui s’apprêtent à se relayer à la présidence du Conseil de l’UE, de lancer une véritable stimulation innovative sur la mobilité durable. Cela passera notamment par une amélioration du réseau ferroviaire au sein de l’Union. 

Le programme du Conseil de l’UE a été établi pour les dix-huit prochains mois par les trois pays qui vont en assurer successivement la présidence. L’enjeu de la transition environnementale figure parmi les neuf points indiqués : “Construire une Europe verte et climatiquement neutre et atteindre les 17 Objectifs de développement durable de même que les objectifs du pacte vert pour l’Europe”. Ainsi, les engagements de la Commission européenne en faveur d’un “Green Deal” restent au programme. “La lutte contre le changement climatique et la transformation numérique restent inscrites en haut de l’ordre du jour de la présidence allemande”, écrit le ministère fédéral des Affaires étrangères.

La Covid-19 a bouleversé les plans

La pandémie aurait pu avoir fait basculer cet état de fait au sein des instances européennes. Mais Virginijus Sinkevicius, commissaire européen à l’environnement, a affirmé le 4 juin à Ouest-France qu’il n’en était rien : “Notre santé dépend largement de la santé de la nature. Ces questions doivent être traitées avec la même urgence qu’auparavant.”

Même son de cloche du côté de Frans Timmermans, vice-président de la Commission, qui a rappelé le 17 juin, « Le Pacte vert reste notre boussole, rien n’a changé ». Moins d’une semaine plus tard, le 23 juin, c’était au tour de Tomislav Ćorić, ministre de l’Environnement et de l’Energie croate de déclarer que “les investissements publics réalisés dans un objectif de relance après la pandémie doivent respecter le pacte vert et ne pas nuire à l’environnement”.

Le programme du Conseil de l’UE lui-même reconnaît que la maîtrise de la pandémie est une “priorité absolue” mais indique que “le retour à la pleine fonctionnalité des sociétés et des économies européennes” doit notamment s’effectuer “en favorisant une croissance durable et inclusive, intégrant notamment la transition écologique”. Et dans l’une de ses dernières communications sous la présidence de la Croatie, le 25 juin, le Conseil de l’Union européenne a souligné “le rôle crucial du secteur énergétique dans la reprise économique de l’UE”, indiquant la nécessité “de rendre l’économie européenne plus verte, plus circulaire et plus numérique”.

L’occasion d’accélérer la transition

Ce qui est certain, c’est que le secteur des transports, celui par qui la propagation s’est accélérée, connaît une crise majeure. Le secteur aéronautique est en très grande difficulté, et malgré les annonces d’aides économiques réalisées par les gouvernements nationaux, notamment en Allemagne ou en France, les compagnies demandent l’aide de l’Union pour réaliser une transition verte qui s’annonce complexe. Il en va de même pour le marché automobile européen, qui devrait connaître une chute sans précédent de 25% en 2020. En France, Emmanuel Macron a annoncé des investissements à hauteur de 8 milliards d’euros afin de rendre la filière automobile “plus verte et plus compétitive”.

La pandémie n’a peut-être pas tout bouleversé mais nos sociétés actuelles sont probablement à la croisée des chemins au moment de décider des plans de relance à adopter. Le Yale Environment magazine mettait récemment deux options face à face : l’opinion optimiste, défendue par Glen Peters, directeur de recherche au Centre pour la recherche climatique internationale à Oslo, en Norvège, prédit que “2020 pourrait être l’année où les émissions mondiales atteindront leur plafond”. Mais la réalité pourrait être bien différente.

Le leader détrôné ?

La priorité climatique sied particulièrement à l’Allemagne, pays qui a été longtemps un véritable pionnier dans la lutte contre le changement climatique et la transition énergétique au niveau européen.

Les résultats obtenus par l’Allemagne en termes de réduction des gaz à effet de serre et de développement des énergies renouvelables sont du reste très positifs, le pays est le meilleur élève européen du protocole de Kyoto (% réduction GES à retrouver). Depuis le vote de la loi sur les énergies renouvelables (Erneuerbare Energien Gesetz) en 2000, l’Allemagne a considérablement développé ses capacités renouvelables (en 2019, les mix énergétique et électrique allemand comportaient respectivement 36% et 45% de sources renouvelables). Dès 2011, le Bundestag a voté la fermeture définitive de toutes les centrales nucléaires d’ici 2022 (une fermeture déjà décidée sous la coalition social-écologique de Gerhard Schröder). L’année dernière, une commission chargée de réfléchir sur une sortie du charbon a fixé l’échéance à 2038. Si ces plans devaient être entièrement suivi, l’Allemagne devra développer considérablement ses capacités renouvelables et son approvisionnement en gaz naturel (surtout de Sibérie), ce qui n’est pas sans poser de problème d’indépendance énergétique.

Sur la scène européenne, Berlin s’est également illustrée par son rôle moteur lors de diverses négociations concernant l’émergence d’une politique climat-énergie intégrée. Que ce soit pour le paquet climat-énergie 2020, voté en 2008, l’Union de l’énergie en 2015 ou le Green Deal l’année dernière, l’Allemagne pousse depuis le début du siècle en faveur d’une politique environnementale au niveau européen.

Toutefois, des zones d’ombre subsistent. L’Allemagne est encore l’un des pays d’Europe avec la plus forte empreinte carbone par habitant (dû au caractère industriel de son économie) et le recul du nucléaire a favorisé dans une certaine mesure le charbon (même si les énergies renouvelables ont été les grandes gagnantes de cet “Atomausstieg”). Les problématiques environnementales sont toutefois très présentes dans ce pays densément peuplé, où les Verts sont régulièrement crédités de plus de 20% des voix dans les sondages, derrière la CDU conservatrice mais devant les Sociaux-démocrates.

par Jérôme Flury et Théo Boucart du Taurillon