Fémin’Histoire #44 : Suzanne Lacascade

En 1924, le livre « Claire-Solange, âme africaine » de Suzanne Lacascade est publié. Premier roman d’une femme antillaise, ce livre a longtemps été oublié. Comme son auteure.

Née en 1884 à Fort-de-France, Suzanne Lacascade a un père guadeloupéen et une mère martiniquaise. Son père médecine dans la marine, a connue une belle carrière politique. En effet, il est député de la Guadeloupe puis devient gouverneur de Mayotte.

La vie de Suzanne Lacascade est très peu connue. Elle a travaillé dans l’enseignement. Elle publie son livre en 1924 et obtient en 1925 le prix Montyon de l’Académie française. Malgré cette récompense prestigieuse, sa vie et son oeuvre sont tombées dans l’oubli. Elle est pourtant une pionnière de la « négritude ». Aucune photo d’elle n’est même certifiée.

Naissance d’un féminisme antillais et anti-colonial

Claire-Solange, âme africaine, raconte l’histoire d’une héroïne « mulâtresse » (c’est-à-dire née d’un parent noir et d’un parent blanc) qui critique le système colonial français et la vie dans la capitale martiniquaise. Sous sa plume, Suzanne Lacascade dénonce l’esclavage, le racisme, la discrimination contre les femmes noires tout en défendant sa culture noire antillaise et son héritage africain. D’ailleurs, elle utilise beaucoup le créole dans son ouvrage. Aucun autre écrivain, ni homme ni femme, ne s’était encore aventuré à raconter une histoire comme celle-ci.

Suzanne Lacascade ouvre alors la voie à ce qu’on appelle la « négritude », un genre où l’on défend les valeurs et l’héritage des Noirs. « La négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, l’acceptation de ce fait, de notre destin de noir, de notre histoire et de notre culture », Aimé Césaire. A une époque où le colonialisme, l’assimilationnisme et les inégalités sont monnaie courante, son succès relève presque de l’exploit, voire du miracle.

Suzanne Lacascade est une figure d’un féminisme noir, longtemps mis de côté et qui pourtant, est certainement apparu avant celui de l’Occident dans les années 1960. Elle meurt en 1966 et tombe totalement dans l’oubli. Son oeuvre reste pourtant toujours d’actualités.

Wassila ZOUAG