Adieu, Mélanie Wilkes…

Dimanche 26 juillet, Olivia de Havilland, figure de l’âge d’or du cinéma américain disparaissait à l’âge – très honorable ! – de 104. Rendue célèbre pour le rôle de Mélanie Wilkes dans le film culte Autant en emporte le vent, Olivia de Havilland, actrice doublement oscarisée, était la soeur de Joan Fontaine, égérie d’Alfred Hitchcock. Retour sur la vie de la dernière « légende » de Hollywood. Action

Olivia de Havilland, actrice américaine doublement oscarisée, légende du cinéma hollywoodien, célèbre pour le rôle de Melanie dans le film culte Autant en emporte le vent (Victor Fleming, 1939), est morte à Paris, où elle résidait, dimanche 26 juillet, à l’âge de 104 ans. Elle « est décédée pacifiquement de causes naturelles », a annoncé son agente, Lisa Goldberg, à la presse.

Olivia de Havilland naît le 1er juillet 1916 à Tokyo, au Japon. Elle est la fille de Walter de Havilland, avocat britannique, et de Lilian Fontaine, actrice de théâtre. Sa soeur, Joan Fontaine rejoint la famille un an plus tard, en 1917. Elle embrassera aussi une carrière d’actrice. En 1919, les parents d’Olivia et Joan se séparent. Sa mère quitte le Japon et part s’installer avec ses deux filles à Saratoga, près de San Francisco en Californie. En 1933, alors adolescente, Olivia de Havilland fait ses débuts sur les planches, dans une pièce amateur Alice aux Pays des Merveilles. Une révélation pour la jeune fille qui souhaite alors devenir actrice, coûte que coûte.

Rivalités familiales

Lors de ses études universitaires, Olivia est remarquée par le réalisateur Max Reinhardt, qui lui confiera en 1935 le rôle de Hermia dans l’adaptation cinématographique du Songe d’une nuit d’été, de Shakespeare. Elle signe un contrat de 7 ans avec les studios Warner Bros. En 1935, Jack Warner décide de faire d’Olivia la partenaire d’un jeune acteur quasi inconnu, Errol Flynn (1909-1959), dans Capitaine Blood, de Michael Curtiz, qui connaît un très grand succès et restera une référence en matière de film de pirates. Les deux comédiens deviennent un des couples en vogue à Hollywood, mais uniquement à l’écran, Olivia de Havilland ayant toujours repoussé les avances d’Erroll Flynn. Ils tourneront ensemble huit films, dont Les Aventures de Robin des bois, du même Michael Curtiz en 1938.

Sa vie va prendre un immense tournant dès l’année suivante, en 1939, lorsqu’on lui propose d’incarner la douce et mélancolique Mélanie Wilkes, dans Autant en emporte le vent. Elle restera pour toujours cette femme au grand coeur, belle et charmante. Ce personnage vaut à Olivia de Havilland sa première nomination aux Oscars, dans la catégorie second rôle. En 2016, âgée de 100 pile, elle reviendra sur le rôle de Mélanie, la vertueuse cousine de Scarlett O’Hara dans Vanity Fair : « La première fois que j’ai lu le roman, je n’arrivai pas à m’identifier au personnage de Melanie, mais en lisant le superbe scénario de Sidney Howard, je découvris une tout autre Melanie. Grâce au scénario, je l’aimai, je l’admirai, je l’adorai ! »

Pourtant, les tabloïds ne se privent pas pour montrer un autre visage de l’actrice. En 1942, Olivia de Havilland est de nouveau nominée pour un Oscar pour le film Par la porte d’Or de Mitchell Leisen. Mais c’est sa soeur, Joan Fontaine, également nominée cette année-là pour son rôle dans Soupçons, d’Alfred Hitchcock, qui remportera la précieuse statuette. L’inimitié latente qui existait déjà entre les deux soeurs éclate au grand jour et fait dire sur les collines d’Hollywood, qu’Olivia ne ressemble pas tellement à son personnage de Mélanie… Cette rivalité ne prendra fin qu’à la mort de Joan Fontaine, en 2013. « Je me suis mariée avant Olivia, j’ai remporté l’Oscar avant elle et, si je meurs la première, elle sera sans aucun doute furieuse que je l’aie battue », avait déclaré Joan Fontaine, illustrant la violence de leur relation.

Jurisprudence pour les acteurs

Lasse d’être cantonnée aux rôles d’ingénue, Olivia de Havilland refuse plusieurs scénarios, ce qui lui vaut à chaque fois d’être mise à pied par la Warner. En 1943, son contrat arrivant à son terme, elle se pense enfin libre de choisir ses films et ses producteurs. Mais la Warner estime que les périodes de suspension doivent s’ajouter à la durée initiale du contrat. L’actrice de 27 ans assigne le studio en justice.

Pendant la durée du procès, la jeune actrice ne peut plus sur produire, ni sur les planches ni sur le grand écran. Elle entame donc une grande tournée dans le Pacifique sud, où elle organise des spectacles caritatifs et patriotiques, se produisant dans les bases militaires. En revenant aux USA, elle reçoit une bonne nouvelle : le juge qui instruit son dossier assimile la pratique de la Warner à du servage. Olivia de Havilland remporte son procès et fera même jurisprudence pour la défense du droits des acteurs (De Havilland Law). Elle est louée pour le courage et la ténacité dont elle a fait preuve lors de sa bataille juridique face aux studios de la Warner.

Elle poursuit sa carrière en interprétant des rôles plus complexes et plus variés. Elle obtient l’Oscar de la meilleure actrice avec le film A chacun son destin, de Mitchell Leisen (1946) et un second pour L’Héritière, de William Wyler (1949).

En 1946, elle épouse le romancier Marcus Goodrich, avec qui elle aura un fils, Benjamin, qui deviendra mathématicien. Elle divorcera en 1955, et se remariera avec un journaliste français de Paris Match, Pierre Galante. C’est à ce moment qu’elle s’installe à Paris et donne naissance à une fille, Gisèle, en 1956.

Clap de fin

A partir de 1964, ses apparitions se font de plus en plus rares. En 2003, elle préside la 75e cérémonie des Oscars. En 2005, pour le 65e anniversaire de la sortie de Autant en emporte le vent, Turner Classic Movies diffuse un documentaire rétrospectif, Melanie Remembers, dans lequel Olivia de Havilland est interviewée. À 88 ans, elle se remémore tous les détails de son casting. Lors de la cérémonie des César 2011 au théâtre du Châtelet à laquelle elle assiste, la profession lui rend hommage par une ovation debout.

Olivia de Havilland a définitivement quitté la scène ce dimanche 26 juillet, à son domicile parisien, de causes naturelles. Au moment de sa mort, elle était la deuxième plus vieille actrice du monde, après Renée Simonot, la mère de Catherine Deneuve, née en 1911.

Chloé LOURENÇO