Le « Golfgate » met Phil Hogan à terre

Eclaboussé par une affaire de politique intérieure pour non-respect des règles sanitaires liées à l’épidémie, le commissaire européen au Commerce, l’Irlandais Phil Hogan a présenté sa démission à la présidente von der Leyen. Europhile convaincu, ses rapports avec le Premier Ministre britannique Boris Johnson n’étaient pas au beau fixe. C’est un pilier de la Commission qui quitte la scène, plaçant la présidente de l’institution face à des arbitrages compliqués pour le remplacer.

Casse-tête en vue à Bruxelles. Après plusieurs jours d’hésitation, le commissaire européen au Commerce, Phil Hogan, a fini par présenter sa démission à la présidente von der Leyen. De quoi la placer face à des choix compliqués, tant le remplacement de ce pilier de la Commission est ardu.

Scandale

C’est sa participation à un dîner réunissant 80 personnes, en Irlande, qui est à l’origine de la chute de celui que certains surnommaient « Big Phil ». Un dîner qui s’était fait au mépris des règles de distanciation sociale et des gestes barrières et avait déjà entraîné, en Irlande, la chute de plusieurs personnalités, dont le ministre de l’Agriculture. Depuis, Phil Hogan avait multiplié les excuses, mais avait fini par s’empêtré dans des explications floues et n’avait pas convaincu. Autre problème : il avait rompu son placement en quatorzaine auquel il était soumis, prétextant un test Covid-19 négatif.

Il faut dire que Phil Hogan n’en était pas à son premier faux pas ! Le 17 août dernier, l’ex-commissaire avait été arrêté par la police irlandaise alors qu’il se rendait de Kilkenny à Galway en téléphonant au volant. Ce qui a permis d’établir que le commissaire s’était arrêté brièvement dans sa maison du comté de Kildare, situé sur son chemin, pour récupérer des documents alors que la région venait d’être replacée en confinement. Or, selon les règles locales, cela interdit tout arrêt, même dans une maison déserte. Des mesures folles, changeantes d’heure en heure, que le commissaire qui vit à Bruxelles depuis 2014 affirmait ne pas connaître faute d’en avoir été informé.

Il n’avait d’autres choix que de démissionner, en rappelant dans un communiqué qu’« Il apparaissait de plus en plus clairement que la controverse relative à ma récente visite en Irlande interférait avec mon travail en tant que commissaire européen et le gênerait au cours des mois à venir, qui seront décisifs ».

Un coup dur pour les anti-Brexit

La démission du Commissaire européen au Commerce fait bien l’affaire du Premier Ministre britannique, Boris Johnson. Il était de notoriété publique que le deux hommes ne s’appréciaient pas. De l’autre côté de la Manche, on trouve même que le timing est parfait. Effectivement, alors que les négociations sur la relation future entre l’UE et le Royaume-Uni doivent reprendre la 7 septembre prochain. Londres voit d’un bon œil le départ d’un europhile convaincu qui n’a jamais caché sa profonde hostilité au locataire du 10 Downing Street.

Phil Hogan détestait le Premier ministre Boris Johnson. Dans l’esprit de ce farouche opposant au Brexit, « BoJo » incarnait le nationalisme anglais le plus intransigeant, responsable, à ses yeux, de la sanglante lutte d’indépendance des années 1920. Commissaire européen à l’Agriculture entre 2014 et 2015, Hogan avait qualifié Johnson de « larbin » en raison de sa méconnaissance du problème du contrôle post-Brexit de la frontière entre le nord et le sud de l’île verte. D’ailleurs, Hogan avait déclaré à propos des brexiteurs « jamais un si petit nombre n’avaient causé un tel désastre pour la majorité », paraphrasant Churchill.

En outre, pour assurer la défense des intérêts de Dublin, Hogan avait torpillé la solution prônée par les Britanniques de négociations commerciales bilatérales anglo-irlandaises au profit de l’unité des 27.  Le gouvernement britannique espère aujourd’hui que la présidente de l’exécutif européen remplacera Phil Hogan par un commissaire issu des pays traditionnellement alliés, à l’instar de la Scandinavie, des Pays-Bas, de la Belgique ou des nations de l’ex-bloc communiste. A voir.

Chloé LOURENÇO