Coronavirus : manifestations anti-masque en Allemagne

Après l’Amérique du Nord et ses milliers de sceptiques ou encore le Royaume-Uni, l’Allemagne a connu au début du mois d’août ses premières manifestations anti-masque. Alors que le mouvement anticonfinement semblait quasi éteint, la présence hétéroclite à Berlin le 1er août de 20 000 manifestants, dont certains d’extrême droite, a surpris l’Allemagne. Un rebond qui s’explique par la structuration grandissante d’un mouvement originaire de Stuttgart, où est prévu le prochain rassemblement, le 8 août, analyse la Frankfurter Allgemeine Zc.

Un mouvement qui se radicalise

Après un mouvement anti-confinement, l’Allemagne connaît maintenant -comme de nombreux autres pays partout dans les monde- un mouvement anti-masque. De nombreux citoyens critiquent la gestion de la crise du Covid-19 et jugent le masque inutile voire dangereux pour les libertés individuelles. Pourtant, on y compte désormais 1000 nouveaux cas de coronavirus par jour. C’est dans ce pays que le mouvement anti-masque prend le plus d’ampleur. Fin août, 40 000 personnes ont manifesté dans la capitale allemande. Tous ont pu assister à la radicalisation d’un mouvement qui pourrait sembler anodin.

La police a semblé complètement débordée face à des manifestants qui tentaient d’envahir le Parlement allemand. Le Reichstag, où se réunissent les députés en session plénière, a une forte charge symbolique en Allemagne. Le bâtiment et sa célèbre coupole avaient été incendiés en 1933 par les nazis, dans un acte perçu comme destiné à mettre à genoux ce qui restait de la démocratie allemande de l’entre-deux-guerres. 

Une image choc, donc, qui pour beaucoup révèle le vrai visage des anti-masque allemand : des militants d’extrême-droite. Image glaçante, dans la foule de nombreux drapeau noirs, rouges et blancs, couleurs du Reich allemand, ont même flotté, ne laissant que très peu de doutes sur les idées politiques des manifestants. Pour beaucoup dans les rangs, ce régime ne serait pas pire que l’actuel gouvernement, qui profiterait du virus pour tenter d’asservir le peuple.

Tous dénoncent « un mensonge mondial » et l’inutilité du port du masque, qui selon eux, restreint les libertés de chacun, à commencer par celle de respirer librement.

Théories du complot

Comme toujours en de pareils cas, les théories du complot qui fleurissent et circulent ensuite sur internet, font particulièrement écho chez ceux qui souffrent le plus de cette situation. Chômage technique, entreprises au bord de la faillite, perte d’emploi, pour tous, c’est bien la faute du masque et les contraintes sanitaires, qui empêche la réouverture de certaines usines et la reprise de la vie normale.

Beaucoup l’assurent -mais il est difficile de le démontrer !- même s’ils sont dans les mêmes manifestations, ils n’ont rien à voir avec les manifestants d’extrême-droite et les néo-nazis. Parmi les participants à ce cortège hétéroclite, plusieurs scandaient « nous sommes la deuxième vague », « résistance » ou encore « la plus grande théorie conspirationniste est la pandémie du nouveau coronavirus ».

Un gouvernement dépassé

Le siège de la chambre des députés est un « centre symbolique de notre démocratie libérale » et ce type de dérapage est « inacceptable« , a prévenu dimanche le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer, dans l’édition dominicale du quotidien Bild

Saskia Esken, responsable des sociaux-démocrates, parti minoritaire de la coalition gouvernementale avec les conservateurs d’Angela Merkel, a fustigé ces « Covidiots »« Sans distance, sans masque : ils ne mettent pas seulement en danger notre santé, mais aussi notre succès contre la pandémie et pour la relance de l’économie, de l’éducation et de la société. Irresponsable !« , a-t-elle twitté. Jan Redmann, chef de file de la CDU au parlement du Land de Brandebourg, a lui estimé sur ce même réseau social : « 1 000 nouvelles infections par jour encore et à Berlin il y a des manifestations contre les mesures anti-coronavirus ? Nous ne pouvons plus nous permettre ces dangereuses absurdités ».

Face au risque de propagation du virus, les autorités allemandes cherchent maintenant à interdire ses manifestations. Une preuve de plus pour les participants que leurs libertés sont en danger. Une nouvelle manifestation est prévue pour le mois prochain.

Chloé LOURENÇO