Pourquoi le siège du Parlement européen fait-il tant débat ?

Le duel Bruxelles/Strasbourg concernant le siège du Parlement européen est de nouveau sur table avec le covid-19. Ce débat sur le lieu de réunions des députés européens remonte à quelques années déjà. Pourquoi y a-t-il tant de désaccord ?

Le siège du Parlement européen est officiellement à Strasbourg, en France. Lors de sessions plénières, qui ont lieu 1 semaine par mois, tous les députés européens se réunissent dans la capitale alsacienne dans le siège circulaire imposant (photo en Une), érigé à cet effet il y a quelques années

Néanmoins, un autre bâtiment du Parlement européen existe à Bruxelles, dans le quartier européen. Il sert aux députés européens les 3 autres semaines du mois, hors session plénière. La majorité des équipes, des réunions de commissions et échanges extérieurs ont lieu dans ce bâtiment à Bruxelles, capitale européenne.

D’autant plus qu’avec le coronavirus, David Sassoli a décidé d’annuler la session plénière à Strasbourg pour le mois de septembre 2020. Et cela risque d’être prolongé pour les prochains mois. Certains pays ont placé la région Grand Est, et donc Strasbourg, en zone rouge avec quatorzaine obligatoire au retour dans le pays d’origine. Cela impliquait que certains députés européens, fonctionnaires et équipes ne pourraient pas retourner « normalement » dans leurs permanences locales.Les équipes resteront donc à Bruxelles jusqu’à nouvel ordre. Alors pourquoi changer de lieu 1 fois par mois ?

Argument pour le siège à Strasbourg : équilibre des capitales européennes

Certains pays, et surtout la France, tiennent à garder le siège officiel du Parlement européen à Strasbourg. Pour les Français, on peut en effet parler de chauvinisme. Mais l’argument d’équilibre des sièges européens se tient.

Bien qu’on nomme directement Bruxelles comme capitale, il ne faut pas oublier qu’il y a en réalité 4 capitales européennes : Bruxelles donc, Strasbourg, Luxembourg (Cour de Justice de l’UE) et Francfort (Banque centrale européenne). Ces villes sont assez proches car elle correspondait il y a 30 ans au centre géographique de la communauté européenne d’alors. Par souci de ne pas enfermer l’UE dans une bulle, il avait été convenu de ne pas centraliser toutes les activités européennes. Malheureusement, dans les faits, il est vrai que Bruxelles domine les autres capitales et que tout se passe dans la capitale belge. C’est d’ailleurs un des reproches récurrents à l’encontre de l’Union européenne, qu’on qualifie de fermée, autocentrée, lointaine et difficile à comprendre.

De plus, si nous suivons la logique du centre géographique européen, le lieu de rencontre devrait désormais se trouver davantage vers la frontière germano-tchèque, depuis que les pays de l’Est ont rejoint l’Union entre 2004 et 2013.

Argument pour un seul siège à Bruxelles : économie et gain de temps

L’argument des pro-Bruxelles est évidemment l’argent et le gain de temps. Dans la mesure où il y a déjà un Parlement européen à Bruxelles et que les équipes s’y trouvent déjà les trois-quarts du temps, pourquoi bouger une semaine par mois ? Cela demande une grande organisation, un mouvement de personnes, de dossiers, des trajets en train et/ou avion et/ou voiture. Cela a un coût financier, écologique, économique, physique et d’efficacité.

Cet argument est tout aussi compréhensible que le précédent. N’avoir qu’un seul siège à Bruxelles ferait économiser des millions au budget européen mais enfermerait un peu plus l’étau autour de la bulle bruxelloise.

Cette situation est typique de l’Union européen et son fonctionnement. Tout et son contraire, sans qu’une solution ne soit vraiment prise. Des débats sans fin. La décision du siège du Parlement européen fait partie du Traité sur le fonctionnement de l’UE (TFUE). En cas de changement, le Conseil européen doit voter à l’unanimité. La France s’y opposerait très certainement et ce débat continuera.

Wassila ZOUAG