[Carnet de voyage] Beaune

Située au coeur d’un vignoble prestigieux dont les noms évocateurs de Pommard, Corton-Charlemagne, La Romanée-Conti, Meursault…font scintiller les yeux des amateurs de vins, Beaune est également une ville d’Art dont le monument le plus emblématique est certainement l’Hôtel Dieu (Hospices de Beaune) avec son célèbre toit aux tuiles vernissées. Vous ne connaissez pas encore Beaune ? Laissez-vous guider !

Un nom divin

Beaune est une ville millénaire, puisque Beaune est tiré du patronyme gaulois « Belena ». Belena est le nom de la source autour de laquelle s’est implantée la bourgade, et le nom de cette source est issu du patronage du dieu gaulois Belenos, divinité des eaux vives. Et pourtant, boire de l’eau à Beaune, c’est un peu sacrilège !

Dans le département de Côte-d’or, Beaune est une ville importante, bien qu’elle soit nettement plus petite que Dijon. Alors que la préfecture du département a pris de l’ampleur au fil des siècles, Beaune est restée une petite bourgade de campagne, connue pour ses hospices, sa route des vins et sa délicieuse gastronomie. En 1203 pourtant, Eudes III, duc de Bourgogne lui confère les mêmes droits qu’à Dijon et lui permet d’exister en tant qu’institution autonome.

Célèbres hospices

Si vous avez déjà entendu parler de Beaune, c’est principalement grâce à ces célèbres Hospices aux tuiles vernissées. Ils sont parmi les plus célèbres du monde, tant par sa fastueuse et remarquable architecture traditionnelle bourguignonne que par son prestigieux domaine viticole bourguignon dont la production est historiquement vendue aux enchères pour financer son fonctionnement, sous le nom de vente des hospices de Beaune. Actif jusque dans les années 1960, classé aux monuments historiques depuis 1862, il est à ce jour un musée d’histoire de la médecine.

L’histoire de ce bâtiment est singulière. En 1443, à la fin de la guerre de Cent Ans, après avoir hésité entre Autun et Beaune, Nicolas Rolin, richissime chancelier de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et sa femme, Guigone de Salins, fondent cet hôtel-Dieu richement doté, proche de la collégiale de Beaune. Beaune est choisie pour son important taux de passage et pour son absence de grande fondation religieuse.

 » Moi, Nicolas Rolin, chevalier, citoyen d’Autun, seigneur d’Authume et chancelier de Bourgogne, en ce jour de dimanche, le 4 du mois d’août, en l’an de Seigneur 1443 […] dans l’intérêt de mon salut, désireux d’échanger contre des biens célestes, les biens temporels […] je fonde, et dote irrévocablement en la ville de Beaune, un hôpital pour les pauvres malades, avec une chapelle, en l’honneur de Dieu et de sa glorieuse mère… 

Nicolas Rolin

Le 1er janvier 1452, ce « palais pour les pauvres malades » accueille ses premiers patients. Vieillards, infirmes, orphelins, malades, parturientes, indigents, fréquenteront gratuitement l’institution, du Moyen Âge au xxe siècle. Pour l’époque, les Hospices sont presque aussi confortables qu’un palais : chauffés à 14°C, bien isolés et avec une cuisine tout équipée. Nicolas Rolin souhaitait que les pauvres, accueillis en ces lieux, soient aussi bien traités que les seigneurs et bien traités.

Il fait d’ailleurs décorer les toits des Hospices avec des tuiles vernissées rouges, brunes, vertes et jaunes, formant des décors géométriques entrelacés. Ces décors sont fréquents en Côte-d’or, mais onéreux. Toutefois pour Rolin, les pauvres méritaient aussi d’être accueilli dans un bel environnement. Elles ont été reconstruites entre 1902 et 1907 par Sauvageot qui a recréé des motifs personnels, les dessins originaux ayant été perdus. 

Chaque année en novembre a lieu à Beaune une vente aux enchères du vin produit dans les vignes des Hospices. Cette vente de charité reste la plus importante et celle qui lève le plus de fonds en France. Le produit de cette vente ainsi que les billets d’entrée du musée permettent de financer les restauration des Hospices.

Les Climats de la Côte de Beaune

Impossible d’aller à Beaune sans passer par la route des vins ! Cette route relie Dijon à Beaune en passant par de nombreux vignobles réputés. Il est d’ailleurs possible de s’arrêter dans certains d’entre eux afin de déguster ou d’acheter le vin. Et en passant par cette route, vous entendrez souvent parler des Climats de Bourgogne. Entendons-nous, il ne s’agit pas ici de météo, mais bien de terroir.

Le climat est le terme spécifiquement bourguignon pour exprimer le terroir viticole. Soigneusement délimité depuis des siècles (et resté quasiment inchangé depuis), chaque climat est une parcelle de vigne qui possède son nom, son histoire, son goût et sa place dans la hiérarchie des crus. Ils sont plus de 1000 climats à se succéder sur un mince ruban courant de Dijon à Santenay, au sud de Beaune ; certains répondant à des noms illustres comme Chambertin, Romanée-ContiClos de VougeotMontrachetCorton, Musigny…

Les Climats du vignoble de Bourgogne ont été inscrits au patrimoine de l’UNESCO le 4 juillet 2015. L’inscription constitue une reconnaissance du caractère unique de la Côte Viticole entre Dijon et Beaune et jusqu’à Santenay. Paysages remarquables, patrimoine bâti exceptionnel, savoir-faire unique, tels sont les éléments qui ont permis ce classement.

Bref, vous l’aurez compris, passez de toute urgence à Beaune, vous ne le regretterez pas !

Chloé LOURENÇO