[PRIX NOBEL] Pourquoi les chercheurs français fuient-ils l’Hexagone ?

Emmanuelle Charpentier a reçu hier le Prix Nobel de Chimie, pour son invention des ciseaux moléculaires CRISPR-CAS9. Si en France tout le monde s’en est réjouit, la Française a quitté la France il y a bientôt 25 ans… Alors pourquoi les cerveaux hexagonaux fuient-ils tant le pays qui les a vu naître ?

Des moyens financiers conséquents

Le soir de sa victoire, interviewée par Thomas Sotto sur RTL, la chercheuse résumait assez bien le fond du problème : » les moyens financiers que j’ai à Berlin, à l’Institut Max-Planck, je ne les aurais certainement pas en France ». Tout est dit. C’est un peu comme dans la Silicon Valley, où lorsque vous vous promenez dans les laboratoires de recherches, vous pouvez entendre parler français. Un des patrons de Spotify avait dit un jour: « Continuez à former les meilleurs ingénieurs et chercheurs du monde dans vos universités, nous, on a du travail pour eux. »

Alors, est-ce qu’en France on ne sait pas retenir nos talents ou est-ce qu’on ne veut pas ? Souvenez-vous, Esther Duflot, Prix Nobel d’économie, avait conseillé Barack Obama.. mais avait fait ses études à Harvard. Emmanuelle Charpentier, elle, est partie en Allemagne pour travailler sur le génome.

Des recherches impossibles en France

Voix d’Europe vous présentait déjà la Crispr-cas9 en 2018. Il s’agit d’une paire de ciseaux moléculaires qui permettent de réparer un gène malade. Il s’agit de thérapie génique, et c’est un sujet d’étude qui est interdit en France. Le gouvernement veut quand même augmenter le budget de la Recherche dans notre pays. Si cela va aider les scientifiques, on part tout de même de loin. En réalité, on va injecter 25 milliards dans la recherche sur 10 ans pour arriver à un budget de 20 milliards par an pour la recherche en 2030.

On ne peut toutefois pas considérer cela comme de l’investissement, mais plutôt comme du rattrapage. Un élément de comparaison pour se faire une idée : 20 milliards pour la France entière, c’est ce qu’Amazon injecte tous les ans depuis 2017 dans sa recherche. Google investit 16 milliards par an, Samsung 15 milliards, Microsoft 12 milliards, Apple 11 milliards, etc. L’État investit moins que les géants de la technologie mondiale.

Il faut offrir cette perspective à nos chercheurs sinon ils vont la chercher ailleurs. Et il faut donner des moyens financiers à l’échelle européenne. Encore une fois, Emmanuelle Charpentier est un bel exemple d’itinérance européenne. Sinon, les seuls Nobel qu’on gardera en France, ce sont nos prix Nobel de littérature. 

Chloé Lourenço