Haut Karabakh : que se passe-t-il réellement ?

Cette province arménienne rattachée à l’Azerbaïdjan a proclamé son indépendance à la chute de l’URSS, en 1991. Elle est désormais au centre d’un conflit régional. Effectivement, depuis la fin du mois de septembre, des bombardements ne cessent d’avoir lieu dans cette zone du globe. Le Haut-Karabakh est peuplé d’environ 150 000 habitants majoritairement arméniens.

Malgré les appels à la retenue, aucun signe d’apaisement n’apparaît entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, deux anciennes républiques soviétiques qui s’opposent depuis des décennies au sujet de cette zone de 4 400 kilomètres carrés, grande comme la Haute-Savoie.

Une histoire compliquée

En 1920, l’Arménie et l’Azerbaïdjan rejoignent l’URSS. Staline décide alors de rattacher le Haut-Karabakh, peuplé majoritairement d’Arméniens chrétiens, à l’Azerbaïdjan, à majorité musulmane. Rien ne bouge jusqu’en 1985, à la faveur de la pérestroïka, engagée par Mikhail Gorbatchev en 1985. Les dirigeants du Haut-Karabakh d’alors se prononcent pour une unification de la région avec l’Arménie. Ils dénoncent notamment la tentative de la part des autorités d’Azerbaïdjan d’augmenter leur influence au Haut-Karabakh. Pendant des mois, les escarmouches se multiplient, forçant la majorité des Arméniens d’Azerbaïdjan à se réfugier en Arménie et la majorité des Azéris d’Arménie à en faire de même en Azerbaïdjan.

A la fin de l’été 1991, la désintégration de l’Union des républiques socialistes soviétiques devient une réalité, et l’Azerbaïdjan déclare son indépendance, le 30 août 1991. Le 2 septembre 1991, la majorité arménienne vote sa séparation de l’Azerbaïdjan et proclame la république du Haut-Karabakh. Indépendance qui n’est reconnue par aucun Etat membre de l’ONU. En 1994, des incidents sporadiques ont lieu, notamment lorsque les forces arméniennes s’approprient des régions à l’extérieur de l’enclave, soulevant des menaces d’intervention d’autres pays de la région.

A partir de ce moment-là, tout dérape dans la région. Un cessez-le-feu est obtenu en 1994 qui cependant ne règle pas totalement le problème, puisqu’une nouvelle guerre éclate en 2016, causée par une attaque d’Azerbaïdjan. Mais après plusieurs mois de montée des tensions, ponctuée d’incidents le long de la frontière, des combats éclatent le 27 septembre 2020, provoquant la mobilisation générale et l’instauration de la loi martiale dans ces pays.

Déstabilisation sur fond de combats

Ces affrontements font craindre une déstabilisation de cette région du sud du Caucase, zone traversée par des oléoducs, essentiels à l’approvisionnement des marchés mondiaux du pétrole et du gaz. L’escalade des combats au Haut-Karabakh est « très préoccupante », et toute ingérence est « inacceptable », a déclaré le porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

Le Kremlin, qui se positionne en arbitre dans la région, livre des armes aux deux pays et, depuis près de trente ans, est jusqu’ici parvenu à éviter une guerre ouverte. Le président russe, Vladimir Poutine, s’est entretenu par téléphone avec le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, tandis que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a parlé avec son homologue azerbaïdjanais, Ilham Aliyev.

Cessez-le-feu

Les deux puissances impliquées – Azerbaïdjan et Arménie – ont décidé de revenir, au moins provisoirement, sur une trajectoire de résolution pacifique du conflit« Un cessez-le-feu est annoncé à partir de 12 heures 00 minutes le 10 octobre 2020 [10h heure française, ndlr] dans des buts humanitaires« , a ainsi précisé le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, la Russie ayant joué un rôle absolument essentiel de médiation dans les négociations.

Les deux pays opposés dans ce conflit frontalier au Nagorny Karabakh se sont, par la même occasion, engagés à ouvrir des « négociations substantielles pour parvenir rapidement à un règlement pacifique » du conflit. Mais il n’aura fallu que quelques minutes pour que l’Arménie et l’Azerbaïdjan s’accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu censé être entré en vigueur.

Il faut dire que les deux parties étaient restées sourdes aux demandes d’apaisement des organisations internationales. Il faut noter toutefois que cette tentative de paix fait naître un fragile espoir de mettre fin à cette opposition aussi sanglante que complexe.

Il faut maintenant attendre de voir ce qu’il va arriver dans les prochains jours, tout en ayant à l’esprit que la Russie et la Turquie surveillent de près cette région, importante pour les deux parties.

Chloé LOURENÇO