La pêche française menacée par le Brexit

Et si le Royaume-Uni et l’Union européenne ne parvenaient pas à un accord d’ici la fin de l’année sur leur future relation ? En France, beaucoup se préparent à un tel scénario. Car l’impact sur certains secteurs, territoires et populations serait loin d’être négligeable, en particulier sur notre secteur de la pêche.

Scénario catastrophe : rupture des négociations

 En cas de retrait brutal le 31 décembre, le Royaume-Uni sortirait immédiatement de la Politique commune de la Pêche (PCP), et pourrait alors bloquer l’accès à ses eaux, les plus poissonneuses d’Europe. Celles-ci seraient dès lors uniquement régies par son droit, pour tous les pêcheurs européens. Or, la pêche française tire 30% de sa production des mers anglaises, et localement, cela peut aller encore plus loin. Il est donc bien légitime que les pêcheurs français se questionnent sur l’avenir de leur métier après le Brexit, dans quelques semaines. Quel accès auront-ils aux eaux britanniques ?

L’accès aux eaux britanniques est ainsi l’un des principaux points d’achoppement des négociations en cours. Comme pour la Politique agricole commune (PAC), la pêche relève de la compétence de l’UE. Par conséquent, les mesures nationales que pourraient prendre le gouvernement français seraient assez limitées. De plus, depuis la reprise des négociations en septembre, des tensions entre Londres et Bruxelles n’ont cessé de croitre. Aujourd’hui, le Royaume-Uni menace même de refermer son accès à ses eaux si jamais les pourparlers venaient à se rompre !

Scénario catastrophe, puisque le secteur de pêche emploie pas moins de 13 000 personnes rien qu’en France. Et tout cela sans compter les emplois indirects pour traiter, emballer et transporter le poisson. Face aux côtes de la Grande-Bretagne, la Normandie redoute une restriction d’accès aux eaux britanniques, dont elle est très dépendante. Avec près de 800 kilomètres de côtes en vis-à-vis des rivages anglais, la région pourrait être durement impactée et pénalisée par les remous du Brexit. Rappelons qu’elle est la première région pour l’économie maritime et la seconde pour la pêche.

Enjeux de souveraineté

À l’occasion du Brexit, les britanniques veulent retrouver la souveraineté sur ce qu’on appelle leurs zones maritimes exclusives, qui vont en principe jusqu’à 200 miles au delà de leur côtes, c’est-à-dire plus de 300 kilomètres. C’est devenu un enjeu de souveraineté, politique, le symbole du « take control back », reprendre le contrôle, qui est le slogan du Brexit. Et les pêcheurs britanniques poussent évidemment très fort en ce sensn explique François Lenglet sur RTL.

On craint surtout qu’avec le Brexit, le Royaume-Uni ne reprenne le contrôle de ses eaux et ne mette en place des quotas. Paris avait d’ailleurs refusé un compromis avec la renégociation annuelle de ces quotas, jugée beaucoup trop incertaine pour les pêcheurs français. La France menace d’ailleurs à son tour de fermer son marché aux poissons britanniques, dans l’hypothèses où ses pêcheurs ne peuvent plus travailler là-bas après le Brexit.

Et c’est peut-être sur ce point qu’il faut appuyer afin de faire pencher la balance -ou du moins d’essayer. En effet, le Royaume-Uni est lui aussi très dépendant du marché européen : les marins britanniques exportent une grande partie d leur pêche. Outre-Manche, si certains syndicats sont virulents et réclament des quotas drastiques et de fortes restrictions d’accès, d’autres sont plus nuancés. La rigidité de la France s’explique facilement : elle ne veut pas que le Brexit impacte trop durement ce secteur, déjà largement éprouvé par la fermeture des restaurants pendant le confinement et partiellement aujourd’hui.

La France n’est pas seule dans ce combat, la Belgique par exemple, vient d’exhumer un traité datant de 1666, qui garantissait un accès éternel à ses pêcheurs. Vous le voyez, on fait feu de tout bois, alors que les tractations se poursuivent cette semaine…

Chloé LOURENCO