Pologne : vers la fin définitive du droit à l’avortement ?

La Pologne a de nouveau franchi un cap la semaine dernière avec une restriction supplémentaire au droit à l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) et s’éloigne un peu plus des valeurs européennes.

Alors que la pandémie de la Covid-19 touche de plein fouet le pays, la Cour constitutionnelle polonaise a voté la semaine dernière l’interdiction d’interruption des grossesses pour les femmes dont les fœtus souffrent de malformations. L’urgence n’était pas sur la gestion de la crise sanitaire mais sur la satisfaction de l’extrême-droite au pouvoir en Pologne.

Les restrictions sur l’avortement sont monnaie courant depuis 5 ans en Pologne. Or, « 98 % des quelque 1 100 avortements légaux pratiqués en 2019 l’avaient été pour des raisons de malformations du fœtus » (Le Monde). Cette nouvelle interdiction mène à dire que l’avortement est désormais pratiquement interdit dans le pays.

Manifestations contre l’église

Ni une, ni deux, les Polonais – et surtout les Polonaises – sont descendus dans les rues pour manifester contre la décision de la Cour constitutionnelle et pour défendre leurs droits. Malgré l’épidémie, leurs masques ne les ont pas empêchés de se faire voir et entendre.

Les mécontentements étaient également dirigés contre l’Eglise polonaise, à grande influence dans le pays et soupçonnée de jouer un très grand rôle dans cette nouvelle interdiction. En effet l’Eglise polonaise est connue pour militer fortement contre l’avortement et pour lutter ardemment contre l’homosexualité. Le plus drôle ? Le vote a eu lieu au même moment où le Pape François s’est déclarée en faveur des unions civiles homosexuelles. Troll, me direz-vous ?

Inquiétude de l’UE

Depuis l’arrivée au pouvoir du PiS, l’éloignement de ce gouvernement populiste ne faisait que s’accentuer. Virage très à droite, polémiques sur les migrants, perte des libertés se succèdent et marquent un fossé entre la Pologne et les valeurs fondamentales de l’Union européenne.

Bien que sur le joug d’une enquête spéciale sur l’État de droit, la Pologne n’en démord pas et continue de s’enfoncer dans une politique rigoriste et conservatrice, voire réactionnaire. L’UE menace le pays de sanctions plus conséquentes. Les subventions européennes ont même déjà été coupées pour certaines régions s’étant déclarées « LGBT free ».

Suite à ce vote, l’UE a signalé sa forte inquiétude et ajoute ce point au dossier polonais sur le non-respect des valeurs fondamentales. Le temps est à l’action pour l’UE et il est temps qu’elle prenne des mesures de pénalités à l’encontre de la Pologne.

Wassila ZOUAG