Vers une refonte de l’Espace Schengen ?

L’Espace Schengen, espace de libre circulation et d’abolition des frontières internes de l’UE voit le jour en 1985, lors de la signature par cinq Etats membres des accords de Schengen. Si la création de cet espace est une excellente chose pour les Européens, on s’aperçoit que Schengen est aussi une formidable porte d’entrée pour le terrorisme en Europe. A l’occasion d’un mini-sommet européen organisé par Emmanuel Macron sur la lutte contre le terrorisme, le Président de la République a expliqué sa vision de la refonte de l’espace Schengen, qu’il a présenté aux autres pays membres de l’UE. En quoi consiste-t-elle ? On fait le point.

Une hausse du terrorisme partout en Europe

L’année 2020, déjà largement perturbée par la pandémie de coronavirus, est également entachée par de nombreux actes terroristes en Europe. On se souvient bien sûr de l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine, en banlieue parisienne, au début du mois d’octobre. Quelques jours plus tard, un homme tuait 3 personnes devant une église à Nice, en France, et un autre perpétrait un attentat dans les rues de Vienne, en Autriche. Si l’on ajoute à cela le souvenir du 13 novembre à Paris, l’ambiance générale de cette fin d’année n’est clairement pas des plus joyeuses.

Pour certains, ce rebond d’attentats est possible parce que les frontières des pays européens sont ouvertes et par conséquent moins contrôlées. Effectivement, depuis 1985, l’Europe a mis en place l’Espace Schengen, espace dans lequel les citoyens européens peuvent se promener librement, avec leur simple carte d’identité. Si pour certains il s’agit d’une belle avancée, pour d’autres le projet, largement décrié, représente une porte d’entrée grande ouverte au terrorisme en Europe.

La France à l’origine d’une refonte de Schengen ?

La France a demandé qu’une nouvelle réforme de l’espace Schengen soit mise en place. Cette demande formulée par le Président de la République française, Emmanuel MACRON s’inscrit dans le contexte de hausse des attaques terroristes sur le sol européen et à la suite de l’attaque de Nice perpétrée par un ressortissant tunisien. « Nous devons travailler à une refonte de l’espace Schengen« , a ainsi commencé le Président de la République. Et de poursuivre : « L’espace de libre circulation qu’est Schengen est un des principaux acquis de la construction européenne, mais il reposait, en contrepartie de la libre circulation sans frontières intérieures, sur une promesse de protection et de sécurisation de nos frontières extérieures. Cette seconde promesse n’a pas été suffisamment tenue« , a déclaré Emmanuel Macron le 10 novembre dernier.

Il a annoncé qu’il fera des propositions « dans les prochaines semaines » aux partenaires européens lors du prochain Conseil européen prévu début décembre. Les ministres de l’Intérieur de l’Autriche, des Pays-Bas, de la Suède, de la Finlande et du Danemark appellent à renforcer dans l’UE le travail de transparence sur le « financement d’associations civiles ou religieuses ayant un impact négatif sur les sociétés ». Il faut aussi travailler sur les échanges d’informations sur les combattants étrangers et sur le phénomène de radicalisation ‘maison’, c’est-à-dire parmi les nationaux.

Schengen en discussion à la Commission

La Commission européenne n’est pas restée silencieuse face à ces déclarations. Le 6 novembre dernier, soit quelques jours avant les déclarations du Président de la République française, le gouvernement de l’UE annonçait sa volonté de mettre à la discussion la refonte de l’Espace Schengen à partir du mois de décembre. Le Forum Schengen, qui réunira le Parlement européen, les ministres de l’intérieur de l’UE et la Commission sera l’occasion de remettre à plat ce projet de tenter de l’améliorer.

La Commission européenne avait annoncé dans le Pacte Asile et migration que sa nouvelle stratégie pour l’année 2021 aurait pour objectif de renforcer les contrôles aux frontières extérieures, la coopération et l’échange d’informations entre autorités nationales, le développement des systèmes interconnectés de gestion des frontières, de donner un rôle accru de soutien aux agences de l’UE et d’améliorer la mise en œuvre et l’application des règles Schengen. Une réunion aura lieu le 30 novembre prochain afin de lancer les propositions de modification.

Chloé LOURENÇO