Italie : entre crise politique et crise sanitaire

Mercredi 13 janvier, le parti Viva Italia de Mateo Renzi s’est retiré de la coalition dirigée par Giuseppe Conte. Si la raison avancée par l’ex-leader italien est la mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19, beaucoup s’intérogent sur les motifs réels de cette prise de décision soudaine. Il faut ajouter que l’Italie traverse non seulement une crise sanitaire sans précédent tout en s’enfonçant dans une crise financière.

L’Italie plongée dans les crises

« L’Italie est en pleine campagne de vaccination, sera-t-elle bientôt en pleine campagne électorale ?« , s’interrogent Les Echos ce matin. « Ce mercredi 13 janvier, une crise de gouvernement s’est officiellement ouverte en Italie, après la déclaration deMatteo Renzi, leader du parti Italia Viva, qui a annoncé que les ministres de son parti allaient démissionner« , résume Courrier international. Des démissions confirmées en début de soirée lors d’une conférence de presse.

Selon Les Echos, la crise politique était prévisible depuis des semaines. Toutefois, l’ancien président du Conseil italien « a franchi le Rubicon« , comme le souligne Libération, en annonçant que son parti centriste, Viva Italia, créé à son départ du parti démocrate, ne soutenait plus l’éxecutif notamment en raison de désaccords sur la politique économique. La perspective d’une crise politique a déjà renchéri le coût de la dette italienne, mais les marchés ne s’affolent pas pour autant, grâce au programme massif d’achat d’actifs mis en place par la Banque centrale européenne, explique Le Monde.

Le gouvernement dirigé par Giuseppe Conte détient perd sa majorité à la Chambre Haute, même s’il conserve une majorité de députés. Cela rend le vote des futures lois particulièrement difficile. « Cette décision a plongé le pays dans ce dont il avait besoin, dans une situation sanitaire et économique difficile : une crise italienne, comme à l’époque de la bonne vieille politique pré-Covid« , ironise Politico.

D’où vient la crise ?

Mais alors, pourquoi placer délibérément l’Italie dans un chaos dont elle se serait bien passé ? Le Corriere della Sierra explique que les désaccords entre Mateo Renzi et Giuseppe Conte se faisaient de plus en plus prégnants. Mais ce seraient la « gestion des ressources du plan de relance européen [qui aurait] mis le feu aux poudres« . Renzi reproche à son opposant politique son utilisation « solitaire » de la pandémie et son plan pour dépenser les plus de 200 milliards d’euros que l’Union européenne doit octroyer à l’Italie dans le cadre de son mégaplan de relance. « Il peut sembler amusant qu’un gouvernement soit en danger à cause du luxueux problème de savoir comment dépenser 209 milliards d’euros (…)- mais ce n’est pas si simple« , analyse Politico

Sortie de crise ?

La presse évoque plusieurs scénarios de sortie de crise. « Giuseppe Conte pourrait trouver dans le centre droit des soutiens pour substituer les voix d’Italia Viva, mais cela semble pour l’instant peu probable. Reste l’option d’un nouveau gouvernement avec la même majorité mais sans Giuseppe Conte (à la grande satisfaction de Matteo Renzi), voire un exécutif de grande coalition ou d’unité nationale. Le leader de la Ligue [d’extrême droite] Matteo Salvini s’est d’ailleurs déclaré disposé à examiner un gouvernement de ce type qui serait dirigé par l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi« , résume Libération. Mais pour certains analystes politiques en Italie, cette option est peu probable. Difficile effectivement d’imaginer l’homme le plus populaire du pays -Giuseppe Conte- se faire limoger et remplacer par l’homme le plus impopulaire – Mateo Renzi. Les partis de droite et d’extrême-droite, quant à eux, ont demandé à ce que le Président du Conseil demande la confiance au Parlement… et qu’il s’en aille s’il la perd.

Une nouvelle tempête est en train de naître en Europe. Reste à voir comment l’Italie réussira à se sortir de ce mauvais pas, tout en gérant la crise sanitaire liée au Covid19.

Chloé LOURENÇO