L’UE demande la libération immédiate d’Alexei Navalny à Moscou

A peine avait-il posé le pied en Russie qu’Alexei Navalny était arrêté par les autorités. Il ya cinq mois, le principal opposant politique de Vladimir Poutine était victime d’un empoisonnement mystérieux, qui l’avait conduit, entre la vie et la mort en Allemagne. Navalny craignait plus que tout de devenir un dissident russe en exil de plus, impuissant et oublié de sa patrie. C’est pourquoi il a décidé de faire le chemin en sens inverse et de rentrer dans son pays, en connaissance des risques qu’il prenait. Il est depuis dimanche 17 janvier emprisonné.

Ultime espoir

Il a eu beau répéter pendant tout le vol, qu’on « ne savait pas ce qui allait se passer à l’arrivée », qu’il « pensait qu’il ne serait pas arrêté »… L’illusion n’a pas tenu longtemps : quand le commandant de bord de l’avion a expliqué qu’il y avait un contretemps à l’aéroport moscovite de Vnukovo, qu’il fallait se dérouter vers un autre aéroport pour atterrir, là le doute n’était plus permis, le piège se refermait, explique Franceculture. L’explication officielle des autorités russes tient en quelques lignes : « Une déneigeuse restée bloquée sur une piste d’atterrissage« . Naturellement, personne n’y a cru, ni en Russie, ni ailleurs. Bienvenue en absurdie.

Pire encore : à l’aéroport de Vnukovo, les partisans d’Alexei Navalny, venus l’attendre en nombre, se sont étonnés de voir qu’ils n’étaient pas seuls sur le tarmac. Effectivement, une foule de soi-fans de la chanteuse Olga Buzova attendaient leur idole avec banderoles et bouquets de fleurs. Toutefois, ils ont rapidement été trahis par leur apparence. Ces jeunes hommes nerveux habillés de noir étaient en fait des agents en civils des services de sécurité, venus semer le trouble parmi les pro-Navalny. Là aussi, la supercherie pourrait sembler risible si elle ne côtoyait pas le drame qui se jouait au même-moment sur l’autre aéroport. 

Au même moment, Alexeï Navalny était interpellé, à peine franchie la ligne d’entrée sur le territoire russe. Alors qu’il se présente au guichet de contrôle des passeports, il se fait accueillir, impassible par des agents de l’administration pénitentiaire qui lui signifient qu’il est recherché pour ne pas avoir respecté les obligations d’une peine de prison avec sursis. Il est depuis emprisonné et tente de faire entendre sa voix.

Une arrestation inadmissible pour l’UE

Outrée par le traitement réservé à Alexei Navalny, l’Union européenne a tiré la sonnette d’alarme et agité le chiffon rouge. Le président du Conseil européen a annoncé avoir téléphoné vendredi au président russe pour exiger sa « libération immédiate ». Charles Michel a également appelé « au respect intégral et inconditionnel des droits » d’Alexeï Navalny. Plusieurs États membres et le Parlement européen exigent l’adoption de nouvelles sanctions européennes. Les élus ont formulé ces demandes dans une résolution adoptée par 581 voix contre 50 et 44 abstentions, et souhaitent que leur position soit prise en compte par les ministres des Affaires étrangères de l’UE lors de leur réunion en visioconférence qui doit se tenir aujourd’hui. Pour les eurodéputés, l’arrestation d’Alexeï Navalny est un moyen de le réduire au silence, voire de l’éliminer, à l’approche des élections en Russie cet automne.

De nombreux eurodéputés souhaitent même aller encore plus loin : ils voudraient mettre un terme au projet de gazoduc Nord Stream qui doit intensifier les échanges entre l’Allemagne et la Russie. « C’est un projet menée par des compagnies privées. La Commission européenne considère qu’il ne permettra pas de diversifier les sources d’approvisionnement énergétiques de l’Union européenne. Mais nous ne pouvons pas empêcher ces entreprises de le construire, si le gouvernement allemand le soutient », a répondu Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne.

Il faut maintenant attendre de voir les décisions prises par les ministres des Affaires étrangères, réunis en conseil ce lundi. Affaire à suivre !

Chloé LOURENÇO