L’Islande pleure ses glaciers

Située à l’extrême Nord de l’Europe, l’Islande est une petite île composée principalement de glace et d’eau. Mais depuis quelques temps, les Islandais remarquent à l’oeil nu la puissance galopante du réchauffement climatique, ce qui entraîne une modification importante des paysages… et des conditions de vie des habitants. Quelles sont les conséquences concrètes de la fonte des glaciers pour la petite île septentrionale ?

Une tragédie en temps réel

Un dégradé de bleu, de gris et de bleu s’étendant à perte de vue. Une beauté glacée, millénaire, qui fait de l’Islande un pays magique. Si l’on s’approche davantage sur la glace et la neige, on aperçoit tout au font le front du glacier, son point de départ… d’où se détache des morceaux de glace. Un paysage magnifique, digne d’une carte postale, mais où se joue en temps réel une tragédie. Les rares touristes autorisés à se rendre en Islande malgré la pandémie font des photos très « instagrammables », mais les glaciologues s’alarment.

La lagune de Jokulsarslon gagne 500 mètres carrés par an, car plus elle gagne du terrain, plus des icebergs se détachent et flottent, plus le glacier fond.“Quand vous savez ce qu’il se passe ici, vous avez une autre perception. Oui c’est très beau, mais pour moi, ce lieu est le symbole de la souffrance du glacier”, regrette Snaevarr Gudmundsson, glaciologue.

Presque comme en été

Le seul moyen de comprendre ce qu’il se passe est de rouler, puis de marcher en direction du front du glacier. Il faut ensuite faire un relevé de température, pour s’apercevoir qu’en plein coeur de l’hiver, elle atteint 5 degrés, presque une température estivale. “C’est l’hiver, on devrait avoir de la neige, il devrait faire froid ! Or, il fait chaud. C’est presque comme en été”, s’alarme Stephan Mantler, guide islandais. Avec le réchauffement climatique, le glacier fond et recule d’environ 70 à 100 mètres par an. Les scientifiques n’ont pas besoin d’interroger les ancêtres pour se rendre compte de l’importance de la fonte des glaciers. A hauteur de la vie d’un homme, on constate déjà une fonte importante et dramatique. En 10 ans déjà, les géants de glace ont tellement reculés qu’ils ne recouvrent plus depuis longtemps des bandes de terre qui n’avaient jamais été découvertes. Les drones sont régulièrement utilisés afin de noter, de prouver par l’image le recul des glaciers. Et les résultats sont saisissants.

L’université de Dundee a d’ailleurs photographié les glaciers du parc de Vatnajökull fin 2019 et comparé avec d’autres photos d’archives. Et la seule chose qu’ils font apparaître, c’est la fonte accélérée des glaciers. Partout, des fissures, des failles, voire des blocs de glaces immenses qui se détachent. Le glacier n’est plus qu’un ensemble de glaçons énormes. Si le glacier continue de fondre à cette vitesse, en l’an 2300, il aura perdu 80% de sa surface.

Un glacier est également composé de grottes de glaces. A l’intérieur de ces dernières, il est très facile de noter à l’oeil nu les transformations qui s’y produisent. L’eau coule alors qu’elle devrait former des stalactites géantes. L’eau fond en plein hiver, ce qui est alarmant, et pas seulement d’un point de vue climatique. Effectivement, en Islande, l’électricité est produite avec l’eau stockée qui provient des glaciers. S’ils fondent plus rapidement que prévu, la production sera bouleversée.

Pour les habitants, la seule consolation avec le recul du glacier est le fait qu’il soit plus loin de leurs maisons, ce qui, par conséquent, entraîne moins d’écroulements et d’inondations. Mais même comme cela, les Islandais demeurent inquiets. Sans compter qu’une autre menace plane au-dessus de leurs têtes. L’Islande est une île volcanique sur laquelle la majorité des volcans sont sous-marins et retenus par le poids des glaciers. Avec leur fonte, ils exercent moins de pression sur les volcans, ce qui pourraient donc entraîner leur réveil… de façon impromptue.

Chloé LOURENÇO