[EUROLECTURE] L’Anomalie

 En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueurs à gages ; Slimboy, pop star nigériane, l’as de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.
Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point.

Roman inclassable ?

L’Anomalie d’Hervé Le Tellier a beau avoir été couronné par le Goncourt en 2020, il reste un livre parfaitement anormal et inclassable. Effectivement, tout au long de l’histoire, on flirte entre les genres, on chatouille la science, on embrasse la théologie et la philosophie. Dit comme ça, le livre pourrait ne pas être attirant. Et pourtant, une fois que l’on a posé les yeux sur les premières pages du roman, impossible de s’en défaire avant la fin.

L’histoire commence avec la vie de Blake, père de famille honnête et respectable, mais tueurs à gages à ses heures. De lui, on sait juste la façon qu’il a eu de basculer, mais il est tout à fait insaisissable : quelle est son identité ? a quoi ressemble-t-il ? Nul ne sait vraiment. Au fil des pages, le lecteur se familiarise avec tous les autres protagonistes, comme Victor Miesel, écrivain raté, Joanna, avocate féroce, Lucie et André, qui vivent les dernières heures de leur histoire d’amour, ou encore Sophia, petite fille de six ans qui en sait déjà probablement plus que vous sur les animaux et les batraciens.

Toutes ces vies n’ont rien de commun. Certains sont Américains, d’autres Français. Certains sont jeunes, d’autres sont plus modestes. Certains sont blancs, d’autres sont noirs. Et pourtant, tous vont voir leur vie basculer le 10 mars 2021… ou le 21 juin 2021. On ne sait plus trop. Tous se trouvaient à bord d’un vol Air France Paris-New York qui a subi de terribles turbulences en cours de vol. Aucun n’en ressortira indemne. C’est le moins que l’on puisse dire.

Auteur inclassable

Mathématicien de formation, puis journaliste diplômé du Centre de formation des journalistes (promotion 1983), Hervé Le Tellier est spécialiste des lectures à contraintes. En 1992, il est coopté pour devenir membre de l’Oulipo, un groupe de littérature inventive dont font partie Raymond Queneau ou encore Georges Pérec. L’Oulipo -pour Ouvroir de Littérature Potentielle- a pour but d’explorer toutes les facettes du langage, de le moderniser, et d’en faire un vrai outil de jeu. Les mathématiques sont souvent intégré aux romans, de sortes de créer une contrainte supplémentaire.

Depuis son entrée à l’Oulipo, il est l’auteur de nombreux romans, nouvelles, théâtres et poésies. On peut notamment relever Les Amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable (1998), Joconde jusqu’à cent (1998 et 2002), ou La Chapelle Sextine (2004) qui sont des textes courts, voir des fragments, construits selon des contraintes sémantiques. Son recueil de poésie Les opossums célèbres (2007) est illustré par Xavier Gorce, son comparse au journal Le Monde où, depuis début 2002, il écrit un billet quotidien. Sa pratique de l’écriture se couple également avec son enseignement au sein d’ateliers mais aussi d’universités. Plusieurs de ses romans, dont le dernier, explorent le sentiment amoureux tels que Je m’attache très facilement (2007), Assez parlé d’amour (2009), ou encore Eléctrico W (2011).

L’avis de VDE

Si vous hésitiez encore, n’hésitez plus. Courez en librairie acheter le dernier livre d’Hervé Le Tellier, L’Anomalie et peut-être que vous vous demanderez, en le referment « Quand je tape du poing sur la table »