Strasbourg l’européenne, Kehl la transfrontalière

Symbole de la coopération franco-allemande, la région de Strasbourg-Kehl est aussi connu pour les forts liens des deux côtés du Rhin que pour la présence de nombreuses institutions internationales. La pandémie de coronavirus a toutefois sérieusement remis en cause ce modèle de coopération.

Quand on parle du Rhin supérieur, on imagine la région parcourue par le Rhin entre Karlsruhe au Nord et Bâle au Sud, parsemée de moyenne montagne et de plaine aux terres fertiles. On parle peut-être moins des différentes synergies entre les villes de part et d’autres de la frontière rhénane. Dans cette catégorie, Strasbourg et Kehl am Rhein forment un duo des plus symbiotiques. De taille très différente (plus de 500000 habitants pour l’Eurométropole contre 37000 pour sa voisine allemande), les deux villes diffèrent également par l’importance administrative dans leur pays respectif : Strasbourg est la capitale du Grand Est et probablement futur siège d’un certain nombre d’institutions de la Collectivité européenne d’Alsace, alors de Kehl n’est même pas le chef-lieu de son Kreis, équivalent d’un arrondissement en Allemagne.

Pourtant, les deux villes ont acquis au fil des années une importance considérable au niveau des coopérations transfrontalière et européenne. Alors que la cité alsacienne est la capitale historique de l’Europe unie depuis la fin des années 1940, Kehl a réussi à attirer au fil des dernières décennies les principales institutions transfrontalières de la région trinationale, le tout dans un esprit de coopération renforcée entre les deux villes. 

Le rôle international de Strasbourg est donc plus ancien et s’étend bien au-delà des frontières du Rhin supérieur. Accueillant dès 1949 le Conseil de l’Europe, puis la Cour européenne des droits de l’Homme l’année suivante, la ville si souvent disputée par la France et l’Allemagne a également accueilli l’assemblée parlementaire de la Communauté économique européenne, appelé Parlement européen à partir de 1962. Au début, celui-ci partageait le même bâtiment que l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe jusqu’en 1999, date à laquelle le bâtiment Louise Weiss a été inauguré. Malgré de fréquentes remises en cause par les Eurodéputés eux-mêmes, les sessions plénières doivent s’y tenir au moins douze fois par an et l’hémicycle accueille les discours des Grands de ce Monde. 

Si le Parlement européen a une influence considérable sur la ville de Strasbourg, en particulier dans le quartier européen en lui-même, légèrement excentré du centre-ville en allant vers l’Allemagne, c’est également le cas du Conseil de l’Europe car toutes les représentations des pays membres auprès de celui-ci sont situées dans la cité alsacienne, participant ainsi au cachet si international de Strasbourg.

Kehl a un aspect international bien différent, davantage tourné vers la coopération transfrontalière. Les institutions sont concentrées en deux lieux : le quartier de la gare et le centre-ville autour de la Villa Rehfus. Dans le premier secteur, on retrouve surtout des institutions d’insertion professionnelle transfrontalière et de protection des consommateurs, comme le Service de Placement Transfrontalier (SPT) et le centre européen de consommateurs. Dans le second, il a été créé un pôle de compétence transfrontalier avec d’autres institutions, comme le Secrétariat de de la Conférence du Rhin supérieur, l’Infobest Kehl/Strasbourg ou encore l’Euro-Institut. L’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau est également proche de la Villa Rehfus. Ces structures œuvrent à la constitution d’une région du Rhin supérieur intégrée et d’un cadre politique de coopération. Les enjeux européens sont donc présents dans la mesure où une Europe des régions passant outre les frontières constituent le degré supérieur de l’intégration européenne. 

Théo Boucart