UE-Turquie : une si difficile alliance

Tentative de rapprochement entre l’UE et la Turquie. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Charles Michel, président du Conseil européen, se sont rendus hier, mardi 6 avril à Ankara, afin de rencontrer le Président turc, Recep Tayyip Erdogan. Les trois leaders ont tenté de répondre le dialogue sur des bases moins conflictuelles après une année 2020 explosive.

Des intérêts partagés

Il faut dire que les deux parties ont intérêt à retrouver des bons rapports, malgré de nombreux sujets de discorde. D’un côté, l’UE a besoin de son allié turc pour gérer le flux migratoire. De l’autre côté, la Turquie ne peut se passer de son partenaire commercial. « Nous attendons de la Turquie qu’elle tienne ses engagements et qu’elle les respecte. Cela implique d’empêcher les départs illégaux mais aussi de gérer les retours de migrants des îles grecques vers la Turquie » expliquait Ursula von der Leyen, lors de la conférence de presse finale. Elle a d’ailleurs rappelé que, dans ce cas, l’UE pouvait prolonger son soutien financier.

L’Europe veut améliorer ses relations avec la Turquie. La question des forages gaziers en Méditerranée orientale fait aussi l’objet de hautes négociations. En guise de signe de bonne volonté, Bruxelles est prête à envisager l’élargissement de l’Union douanière. « L’UE est le premier partenaire commercial de la Turquie. Une coopération économique sera mise en place dans un certain nombre de domaine » a rapporté Charles Michel.

Concernant le sujet le plus sensible, le sujet des droits de l’Homme, la Turquie n’a encore fait aucune concession. Le mois dernier, le pays s’est même retiré de la Convention d’Istanbul qui lutte contre les violences faites aux femmes, ce qui avait provoqué d’importantes manifestations dans tout le pays. La présidente de la Commission européenne a d’ailleurs mis l’accent sur la nécessité pour la Turquie d’adhérer de nouveau à cette convention « les droits humains [n’étant] pas négociables. »

Toutefois, l’UE n’ira pas au-delà des remontrances. Effectivement, il faut rappeler que l’Allemagne, qui abrite une importante communauté turque sur son territoire, ne veut pas s’attirer les foudres d’Erdogan. « Un peu plus de carotte, un peu moins de bâton« , résument ainsi Les Echos. Et comme souvent, la Grèce et Chypre, principaux voisins de la Turquie « surveillent de près« .

Une rencontre à la demande de la Turquie

Alors qu’il y a encore quelques mois à peine, Recep Tayyip Erdogan mettait en doute la santé mentale d’Emmanuel Macron et qualifiait la France de pays raciste, le président turc a lui-même insisté afin que ce sommet UE-Turquie puisse se tenir à Ankara.

Depuis le début de l’année 2021, la situation semble s’être apaisée et Erdogan a adouci son discours, ce qui ne peut que plaire à l’UE. Mais alors, pourquoi un tel revirement de situation ? L’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche en janvier dernier a certainement pesé dans la balance. De plus, politiquement sa cote de popularité s’effrite et pour la première fois en 18 ans, le président n’est pas sûr d’être réélu en 2023.

A cela, s’ajoute la dépendance économique et commerciale de la Turquie vis-à-vis de l’Union européenne : « entre 2002 et 2018, deux tiers des investissements directs étrangers dans le pays provenaient de l’UE » expliquent de nouveau Les Echos.

Wait and see, comme disent nos amis britanniques !

Chloé LOURENÇO