EUROVISION 2021 : UNE ÉDITION QUI N’ÉCHAPPE PAS AUX POLÉMIQUES !

Crédits photo à la Une : Logo de l’Eurovision 2021 Source : Site Eurovision 2021, photo : Clever ° Franke

Alors que le concours Eurovision avait dû être annulé pour la première fois de son histoire en 2020, en raison de la crise sanitaire, la célèbre compétition de chant revient cette année à Rotterdam, aux Pays-Bas en mai. Cette édition n’échappe pas à la laborieuse coutume des polémiques en tous genres. Tour d’horizon des États, des interprètes et des musiques dans “l’œil du cyclone” !

Il revient ! Le Concours Eurovision de la Chanson revient en 2021 ! Les nerfs des fans ont été mis à rude épreuve depuis ce jour fatidique du 18 mars 2020 quand l’UER (Union européenne de radiotélévision, organisant la compétition) a annoncé l’annulation du Concours, en raison d’un virus que l’on ne connaît que trop bien depuis. Même si de nombreuses versions alternatives ont été proposées, les yeux et les oreilles de millions d’Européens s’illumineront de nouveau le 22 mai prochain ! Néanmoins, avant même qu’elle commence, cette édition 2021 a engendré de nombreuses polémiques, que ce soit sur des non-participations, des représentants nationaux ou des chansons sélectionnées.

“Pourquoi pas eux ?”

L’Arménie : la guerre a eu raison de sa venue

Après s’être retirée de l’édition 2012, lorsque le concours était organisé en Azerbaïdjan, et du concours junior en novembre 2020 en raison du conflit l’opposant à ce pays dans le Haut-Karabakh, l’Arménie ne reviendra pas pour l’édition 2021 du concours Eurovision. AMPTV, la chaîne arménienne membre de l’UER, a annoncé son retrait en indiquant que “les récents événements et le court délai de production, entre autres raisons objectives” étaient les raisons de leur non-participation. Par “récents événements”, l’Arménie parle bien du conflit l’opposant actuellement à l’Azerbaïdjan, autre pays participant, pour le contrôle du Haut-Karabakh, un État encore non reconnu par la communauté internationale. Les Arméniens, obligés de signer un accord de cessez-le-feu le 10 novembre 2020, annonçant ainsi l’Azerbaïdjan gagnant de ce conflit, ont souhaité ne pas prendre part à un concours qui allait probablement leur imposer un face-à-face avec un ennemi de territoire.

Hongrie : une non-acceptation des valeurs du concours

En octobre 2019, le diffuseur hongrois annonçait renoncer à sa participation pour l’édition 2020 de l’Eurovision. Les raisons avancées tenaient de réorientations budgétaires : le gagnant du concours national “A Dal” ne se verrait pas qualifié pour l’Eurovision mais recevrait en contrepartie, un soutien financier dans la tenue de concerts, pour la sortie d’albums. Dont acte. Néanmoins, un proche du gouvernement est venu dissiper les soupçons qui pointaient : « flottille homosexuelle », « trop gay », le concours de l’Eurovision, avec « ses travestis hurlants et ses femmes à barbe », nuirait au « bon goût du public » magyar ! Les autorités hongroises seraient donc en guerre contre la tendance “homosexualiste” du concours. Sans donner d’explications supplémentaires, la Hongrie n’a donc pas rejoint les participants en 2021. S’il est inutile de s’interroger sur l’implication du gouvernement dans cette décision (les diffuseurs officiels étant majoritairement publics), les raisons non officielles intolérantes à l’égard des participants et du public LGBT représentent une menace grave à l’égalité, valeur européenne fondamentale.

“Mon artiste vous dérange ?”

Macédoine du Nord : une double nationalité qui déplait

La Macédoine du Nord n’échappe pas non plus à la valse des polémiques. Le clip de la chanson “Here I stand” interprétée par Vasil se déroule en partie dans la Galerie nationale Daut Pashin Amam à Skopje, la capitale du pays. Cependant, parmi les oeuvres présentées dans la Galerie, qui n’a pas modifié ses expositions pour l’occasion, certains internautes se sont étranglés devant une oeuvre de l’artiste Žaneta Vangeli comportant du blanc, du vert et du rouge, couleurs du drapeau bulgare. Il n’en fallait pas plus visiblement pour déclencher des torrents de haine envers le clip mais également envers le chanteur dans un second temps, une fois sa binationalité macédonienne et bulgare dévoilée. Depuis deux ans, les autorités des deux pays s’écharpent sur leur histoire, la Macédoine ayant fait partie de la Grande Bulgarie pendant une bonne partie du dernier millénaire. Ce conflit secondaire va même jusqu’à menacer l’avenir européen de Skopje, la Bulgarie se montrant hostile à l’adhésion de la Macédoine du Nord à l’Union européenne. Le parcours de la petite Macédoine vers Bruxelles est décidément semé d’embûches. Les polémiques ont une fois de plus débordé les limites du Concours. Nonobstant, Vasil défendra les couleurs macédoniennes en mai prochain.

Manizha : la chanteuse russe qui dérange les conservateurs

Manizha, artiste de 29 ans, a remporté le 8 mars la sélection nationale russe afin de représenter son pays sur la grande scène de l’Eurovision. Féministe, elles est une grande garde du corps de nombreuses minorités, dont les LGBT et surtout star des réseaux sociaux. Ce profil a tout pour attirer les foudres du conservatisme russe. Sa chanson, Russian Woman (Femmes Russes), s’écarte fortement des principes ordinairement montrés sur les grandes chaînes de la télévision publique russe, et pourtant c’est bien cette chanson qui a été massivement plébiscitée pour résonner dans le micro de Rotterdam. Pour le journal indépendant Novaia Gazeta, l’élection de Manizha “déclare la guerre à la xénophobie et à la misogynie russes”. La chanteuse explique à l’AFP que sa chanson “vise les préjugés dont [elle] était [elle]-même l’objet” et que celle-ci appelle les femmes à ne plus les subir. Des paroles fortes qui résonnent dans ce pays très conservateur, telles que “Chaque femme russe doit savoir. Vous êtes assez fortes, vous allez briser le mur”. Dans le lot de commentaires contre cette chanson et son interprète, une association de femmes orthodoxes explique que cette chanson « insulte et humilie grossièrement les femmes russes » et qu’elle incite à la « haine envers les hommes, qui sape les fondements de la famille traditionnelle ». Manizha serait-elle le nouveau visage que Vladimir Poutine souhaite montrer à l’Europe ?

“Ai-je bien entendu ?”

Biélorussie : l’ami de Loukachenko de trop ?

Cette année, l’Eurovision se fera sans le Bélarus. L’UER a préféré écarter ce pays qui n’avait pas respecté les règles, pourtant si connues, du concours. Une chanson jugée trop politique, et qui va à l’encontre d’une des consignes les plus importantes et solides de cet événement. Je vais t’apprendre, la chanson proposée par le groupe Galasy Zmesta, faisait en effet référence aux nombreuses manifestations résonnant dans le pays depuis de nombreux mois maintenant, mais de manière négative, limite malveillante. Cette chanson, pourtant acceptée au départ par les grands arbitres de l’institution, a choqué et surpris les nombreux fans du concours qui n’ont pas compris comment cette chanson avait pu passer. Une deuxième version de cette chanson avait été proposée suite à un ultimatum imposé par l’UER, mais celle-ci ne correspondait toujours pas aux critères. Tandis que le gouvernement bélarusse dénonce une décision “politiquement motivée”, l’Eurovision 2021 se fera sans eux.

“El diablo” : la chanson qui fait trembler Chypre

Le titre de la chanson chypriote interprétée par Elena Tsagrinou “El diablo” a suffi pour mettre le feu aux poudres chypriotes. De nombreux chrétiens conservateurs y ont vu, ainsi que dans les paroles, une incitation à la dévotion et l’amour pour le diable… Non contents d’inciter à l’incendie des locaux du diffuseur local, responsable du choix de la chanson, certains s’en sont pris directement à la chanteuse, la menaçant de mort. Des arrestations ont d’ailleurs eu lieu dans le pays. Même le Président de l’Île du cuivre, Nicos Anastasiades, a dû répondre à la polémique, rappelant qu’il ne s’agit que d’un “concours musical”. Cette mayonnaise chrétienne-conservatrice nauséabonde ne surprend pas forcément dans un pays non laïc dirigé à son indépendance par un Président archevêque et primat de l’Église locale. À Chypre, le chemin est encore long vers la fin de l’hystérie religieuse et le début de la tolérance. Le clip vidéo a également été sous le feu des critiques. En effet, il ressemblerait fort à des clips produits par les chanteuses Zara Larsson et Alice Chater, qui ont cependant préféré s’en amuser plutôt que d’attaquer l’œuvre en justice.

Malte : une chanson “trop féministe” ?

La chanteuse dynamique et solaire Destiny représentera Malte pour l’Eurovision 2021. Cette chanteuse ayant déjà remporté la version junior en 2015 a souhaité venir se frotter aux plus grands. La chanson Je Me Casse, bien que favorite, a été visée à sa sortie par de nombreuses plaintes d’objectivation du mannequin l’accompagnant. Le sujet de l’objectivation sexuelle est un grand sujet au sein de la société maltaise depuis un long moment, et après les accusations envers une marque de lait locale, nombreux se demandent si son clip devrait être traité de la même manière. Cependant, pour de nombreux fans de l’Eurovision et maltais, cette scène du clip pourrait être considérée comme une simple parodie du cliché typique de la femme objectivées pour le plaisir du spectateur masculin et hétéro. Destiny s’est expliquée auprès du média maltais Lovin Malta et précise que “le message de la chanson est que les femmes sont puissantes et que les femmes sont indépendantes et que nous n’avons pas besoin d’un homme pour être indépendant et puissant”, en ajoutant que “le message est que les gens, les filles de mon âge, ne renoncent jamais à eux-mêmes et se sentent à l’aise dans leur peau.”.

Ukraine : un copié collé risqué

Pas une seule édition ne se passe sans une plainte de plagiat. Alors que Go_A marquait son grand retour triomphant après l’annulation de l’édition 2020 avec sa chanson “SHUM” largement plébiscitée, un obstacle s’est installé sur leur long chemin jusqu’à Rotterdam. En effet, cette chanson étant une reprise de plusieurs versions de la chanson folklorique ukrainienne traditionnelle “A v nashoho shuma”, beaucoup de personnes la jugent trop proche de la chanson originale et donc non méritante de se présenter face à d’autres chansons dites “originales”. L’UER a indiqué que SHUM respectait les règles, dans le sens où les chansons folkloriques, étant très souvent reprises et revisitées, ne subissent aucun droit d’auteur, ce qui donne la permission de les ajouter à d’autres chansons. STB, radiodiffuseur ukrainien, a pourtant tout de même annoncé une totale refonte de la chanson afin de répondre aux attentes des fans du concours. La chanson a donc été totalement modifiée, ainsi que son clip vidéo, avant la date limite d’envoi des chansons à l’UER. Nous verrons donc en mai si Go_A a réussi à se faire pardonner auprès des fans du concours.

Alexis Vannier, Quentin Joigneaux, rédacteurs pour notre partenaire Le Taurillon