Fémin’histoire #51 : Elsie Bowerman

Survivante. Suffragette. Pionnière. Voilà les trois mots qui pourraient aller le mieux à Elsie Bowerman. Passagère du Titanic, elle survivra cependant au naufrage à l’âge de 22 ans. Après la catastrophe, elle aura la chance de participer et d’être le témoin privilégié d’événements majeurs du XXème siècle. Elle fera par exemple avancer la cause des femmes en se lançant à corps perdu dans le combat des suffragettes. Voici un rapide aperçu d’une vie remarquable, qui heureusement ne s’est pas arrêtée le 15 avril 1912, gelée dans les eaux glaciales de l’Atlantique.

Une enfance ordinaire

La vie d’Elsie Bowerman commence le 18 décembre 1889, lorsqu’elle vient au monde dans le Kent, en Angleterre. Elle est fille unique et connaîtra à peine son père, qui meurt alors qu’elle n’a que 5 ans. Heureusement pour Elsie, elle aura la chance de fréquenter de prestigieuses écoles où elle rencontrera des professeurs qui formeront son esprit. C’est le cas de Dame Frances Dove, dont elle écrira la biographie. Après quelques temps à Paris en 1907, elle entre au Girton College de Cambridge où elle étudie les langues modernes et l’histoire du Moyen-Âge.

Cette période marque le début de sa vie politique. Avec sa mère, elle fréquente la Women’s Social and Political Union, fondée par la célèbre Emeline Pankhurst. Elle y travaille régulièrement, et implante même une section à St-Leonard-on-Sea, dans la banlieue de Hastings. Elle luttait notamment pour que les femmes obtiennent le droit de vote, à l’instar des hommes.

Dans le même cadeau que Molly « l’insubmersible »

En 1912, Elsie et sa mère entreprennent un voyage aux Etats-Unis et au Canada afin de rendre visite à des amies et des membres de leur famille. Malheureusement, elles s’embarquent le 10 avril 1912 sur le RMS Titanic, le paquebot le plus imposant de tous les temps et dont la triste renommée n’est plus à faire. Si monter à bord du Titanic était un choix malheureux qu’elles ne pouvaient pas prévoir, elles ont en revanche eu la chance d’être des passagers de Première classe, et donc d’être parmi les premiers passagers évacués, en plus du code marin qui stipule que « les femmes et les enfants d’abord ». Aux premières heures de ce sinistre 15 avril 1912, elles montent à bord du canot de sauvetage numéro 6 qui pouvait accueillir 65 personnes, mais qui est mis à l’eau avec seulement 2 hommes, un enfant et 21 femmes. L’une d’entre elles est la très célèbre « Insubmersible » Molly Brown.

Son histoire diffère donc – très légèrement – de celle racontée par James Cameron en 1997. Elle racontera plus tard : « Le silence lorsque les moteurs ont été arrêtés a été suivi par un steward frappant à notre porte et nous disant de monter sur le pont. Nous l’avons fait et avons été descendus dans des canots de sauvetage.Là on nous a dit de nous éloigner du paquebot au plus vite. C’est ce que nous avons fait, et ramer au milieu de l’Atlantique en avril avec des icebergs flottant, c’est une expérience étrange. » Elsie, sa mère et Molly ainsi que les autres survivants ont ensuite été récupérés à moitié gelés par le Carpathia, puis ramenés sur la terre ferme.

Engagement pendant les guerres

En 1914, lorsque la guerre éclate, elle est envoyée dans l’unité écossaise d’un hôpital en Roumanie, mais à son arrivée en 1917, elle est obligée de battre en retraite à Saint-Pétersbourg, où elle se retrouve aux premières loges de la Révolution russe. Elle décrira avoir vu une grande excitation dans les rues, des voitures blindées, des soldats et civils en marche et armés. Son hôtel essuiera une pluie de tirs. De retour en Angleterre en 1917, elle reprend sa mission de suffragette. Son combat est couronné de succès, puisque les femmes obtiennent le droit de vote tant désiré après la Guerre.

De nouveaux horizons s’ouvrent à elles alors, et de nouveaux métiers, jusque-là interdits deviennent possible. Elsie en profite donc pour suivre une formation d’avocate, et elle est admise au barreau en 1924, devenant la première femme avocate à pratiquer au Old Bailey, un célèbre palais de justice de Londres. On lui doit la Loi sur la Protection de l’Enfance, écrite en 1933.  Durant la Seconde Guerre mondiale, elle travaille durant deux ans au sein du Women’s Royal Voluntary Service, dont elle publiera le bulletin mensuel de 1938 à 1940. Après un passage au Ministère de l’Information, elle devient agent de liaison pendant trois ans dans le service Nord Américain de la BBC. À fin de la guerre, elle est sollicitée par les Nations-Unies pour aider à mettre en place la Commission de la condition de la femme en 1947.

À son retour, elle s’installe près de sa mère à St Leonards-on-Sea. Après la mort de celle-ci, elle déménage à la campagne près de Hailsham où elle meurt d’une crise cardiaque, le 18 octobre 1973, à l’hôpital Princesse Alice à Eastbourne. Elle a 83 ans, un naufrage du Titanic sur le CV et une vie bien remplie.

« We’ll stay forever this way.. »

Récemment, un petit portrait d’elle fut découvert et mis aux enchères (évalué à 1000 £, mais vendu à 2000 £ en mars 2016). Au cours du processus d’enchères, un lien avec le Titanic fut découvert. Il s’avère que le commissaire-priseur, Timothy Medhurst, était l’arrière-arrière-petit-fils de Robert Hichens, un quartier-maître qui avait été dans le canot de sauvetage avec Elsie.Avant la vente aux enchères, Medhurst nota : « C’est une chose merveilleuse de pouvoir regarder la même dame qui a regardé mon arrière-arrière-grand-père il y a plus de 100 ans à bord d’un canot de sauvetage au milieu de l’océan Atlantique. »

Chloé LOURENÇO