4 milliards contre le cancer : le nouveau défi de l’Europe de la Santé

Le 3 février dernier, l’Union Européenne a fait de la lutte contre le cancer une de ses priorités dans le domaine de la santé. Elle a en effet engagé un plan de 4 milliards d’euros s’articulant autour de quatre axes centraux : la prévention de la maladie, sa détection précoce, son diagnostic et son traitement ainsi que la qualité de vie des patients et de ceux qui y survivent. Cet argent injecté dans la recherche et l’innovation a donc pour principal objectif d’inciter les États membres à s’investir dans ce combat et à soutenir des projets multinationaux. La lutte européenne contre cette calamité – qui représente environ 2.6 millions de diagnostics pour 1.2 millions de morts au sein de l’UE chaque année – est donc lancée.

Il convient d’abord d’appréhender la dimension plurielle de la gravité du combat contre le cancer. En effet, des vies sont perdues sont perdues quotidiennement partout en Europe et dans le monde. Par ailleurs, les enjeux financiers de cette lutte sont cruciaux : selon l’exécutif européen, l’impact de ces pathologies est estimé à 100 milliards d’euros chaque année. Devant une maladie contre laquelle nous ne possédons pas de vaccin ainsi que trop peu d’alternatives de traitements ; la prévention, la recherche et l’innovation deviennent les clés de voûte d’une stratégie de lutte : environ 40% des cancers diagnostiqués en Europe sont jugés « évitables ».  C’est pour toutes ces raisons que ce plan possède également une dimension politique, en ce sens qu’il contribue par la même occasion à la création d’une Union Européenne de la Santé plus forte. Il s’inscrit en réalité dans la continuité des propositions de la Commission en vue d’améliorer la qualité de vie sur le Vieux Continent.

Une harmonisation essentielle de l’approche face à la maladie

L’Europe recense en son sein un quart de tous les cas de cancer du monde, en ne représentant que 10% de sa population. Une étude menée par la Commission montre en plus que seulement 3% des budgets de santé dans l’UE sont consacrés à la prévention des maladies et à la promotion de la santé. Le champ d’action est donc extrêmement large si l’on prend en compte la force de frappe potentielle d’une Europe unie.

Le cancer exerce une pression latente et constante sur tous les systèmes de santé et de protection sociale nationaux, qui par ricochets finit par impacter la productivité et donc la croissance économique – notamment en France, qui allie un grand nombre de cas et une des sécurités sociales les plus coûteuses au monde. Le besoin de plus de résilience et de travail commun à l’échelle continentale est donc d’autant plus criant.

C’est pourquoi ce plan de lutte vise avant tout à soutenir les États membres qui en ont le plus besoin afin de garantir un accès le plus égal possible aux soins. Il apparaît évident que chaque européen devrait avoir le même droit non seulement à un diagnostic, des soins et un traitement de la meilleure qualité possible, mais également du même espoir de survie et ce indépendamment du lieu de vie. Or, à titre d’exemple, le taux de survie au cancer du sein après traitement chimio thérapeutique varie de 20% entre certains pays : la priorité est de facto de soutenir les médecins oncologues au travers d’un programme de formation « interspécialités » au niveau communautaire. La prévention jouera un rôle déterminant dans cette réduction d’inégalités spatiales, principalement à travers des mesures relatives aux facteurs de risque les plus répandus tels que le tabac – le but étant ici d’obtenir que moins de 5% de la population européenne ne consomme du tabac d’ici deux décennies, la consommation d’alcool ou encore la pollution de l’air et de l’environnement. Afin d’éviter les cancers causés par des infections – comme le trop peu connu papillomavirus, le plan financera des campagnes pour atteindre 90% des populations cible féminine et masculine dans l’Union vaccinée à l’horizon 2030.

A ce jour, plus de 12 millions de personnes ont survécu à un cancer en Europe. 300 000 enfants comptent parmi eux, ce qui induit de grandes avancées dans les domaines de la détection précoce, de l’efficacité de traitement et de soins de soutien. Le plan vise à faire en sorte que 9 européens sur 10 remplissant les conditions requises pour le dépistage du cancer du sein, du col de l’utérus ou du cancer colorectal se voient proposés de se faire dépister d’ici 2025.  Les soins de suivi – c’est-à-dire ceux poursuivis même après une rémission, tels que des examens de contrôles – et les différents services financiers liés à la santé présentent quant à eux encore trop de disparités entre les pays membres. Les fonds mis au profit de la lutte contre le cancer auront donc aussi pour mission de continuer à garantir un accès à ces derniers – y compris les assurances – le plus égal possible. Enfin, les personnes souffrant de la réadaptation ou de la récurrence de tumeurs seront mieux accompagnées au travers d’une initiative appelée « Une meilleure vie pour les patients atteints d’un cancer ».

L’espoir existe donc dans ce combat contre un ennemi insidieux, invisible et trop souvent létal. Ursula Von der Leyen l’a bien rappelé lors de la présentation de ce financement massif et inédit : « La lutte de ceux qui se battent contre cette maladie est également le combat de tous en Europe ». Alors que le bout du tunnel que représente la pandémie de COVID-19 approche, l’Union a bien compris la nécessité de re-concentrer les efforts communautaires sur ceux qui se battent silencieusement contre le cancer.

Sources :

  1. Europe de la santé : Bruxelles s’investit contre le cancer.

Disponible à cette adresse : https://www.lesechos.fr/monde/europe/europe-de-la-sante-bruxelles-sinvestit-dans-la-lutte-contre-le-cancer-1287190

  • L’UE prépare un plan de lutte contre le cancer pour la fin d’année.

Disponible à cette adresse : https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/l-ue-prepare-un-plan-de-lutte-contre-le-cancer-pour-la-fin-d-annee_2117278.html

Disponible à cette adresse : https://www.euractiv.fr/section/sante-modes-de-vie/news/lutte-contre-le-cancer-lue-presente-un-plan-de-4-milliards-deuros/

Charles Pellé, rédacteur chez notre partenaire Courrier d’Europe