Fémin’Histoire #53 : Angela Vode

Activiste slovène pour le féminisme et les droits de l’Homme, Angela Vode s’est notamment battue pendant la Seconde guerre mondiale contre les Nazis avant d’être emprisonnée et torturée par le régime yougoslave de Tito.

Angela Vode naît en 1892 à Ljubljana (alors encore dans l’empire d’Autriche-Hongrie). Elle entame des études pour devenir enseignante et est diplômée à 20 ans en 1912. Elle se spécialisera quelques années plus tard dans l’éducation des enfants handicapés et écrira plusieurs articles à ce sujet. Elle sera une pionnière dans l’inclusion des enfants handicapés dans le système éducatif en Europe, mais plus particulièrement dans son pays, devenu la Yougoslavie après la Première Guerre mondiale. Elle publiera même un livre en 1936 « Pomen pomožnega šolstva in njegov razvoj v Jugoslaviji » (« L’importance des écoles auxiliaires et leur développement en Yougoslavie« ). Polyglotte, elle parle le Slovène, l’Allemand, l’Anglais, le Française et le Serbo-Croate.

Son militantisme ne s’arrête pas là. Elle est une des premières féministes et militantes des droits de l’Homme assumées en Slovénie et en Yougoslavie. Présidente du mouvement des Femmes de Yougoslavie et la société des Enseignantes de Slovénie, elle y a grandement contribué à la lutte de l’égalité. Elle ne manque pas de courage dans ce pays où règne le totalitarisme, la dictature. Son livre Spol in usoda (Sexe et destinée), paru en 1938, reste son plus grand succès et son œuvre la plus importante.

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Pleine d’espoir et d’idéalisme, elle rejoint le parti communiste yougoslave dans les années 1920. Elle y pense trouver un parti qui lutte contre l’injustice, pour l’égalité et les autonomies des pays de Yougoslavie.

Exclusion communiste

Bien que militante active, elle est exclue du parti communiste car elle critique le pacte germano-soviétique à la veille de ce qui sera la Seconde Guerre mondiale. 2 ans plus tard, l’Allemagne envahit la Yougoslavie. Angela Vode lutte alors contre les forces de l’Axe et critique le parti communiste qui soutient Hitler sur ordre de Staline.

Pendant la Guerre, elle fera partie du front de libération slovène, créé après l’invasion de l’URSS par les Nazis. Ce parti de la résistance est plutôt communiste et proche de Tito. Malgré sa distanciation, elle est restée proche du communisme dans le seul but de combattre le nazisme. Elle a un grade élevé dans l’organisation et devient espionne. Elle s’éloigne ensuite du combat pour se consacrer au social et notamment l’accueil des réfugiés qui quittent les zones de guerre ou les zones occupées. Elle s’oppose au fascisme italien mais n’est pas soutenue par les communistes slovènes.

Angela Vode est arrêtée par des fascistes italiens au début de l’année 1943, elle fait plusieurs mois de prison. Elle est ensuite envoyée chez les Nazis à Ravensbrück en janvier 1944 en camp de concentration. Elle est libérée des Nazis fin 1944 en mauvaise santé.

L’après-guerre : prison et torture

Angela Vode reprend alors sa vie d’enseignante. Jusqu’en 1947. C’est alors que les services secrets yougoslaves viennent l’arrêter et l’emprisonnent. Sous le joug du dictateur communiste Tito, le pays traque les opposants ou ceux qui se sont positionnés contre le pari. Elle est torturée pendant des mois. A la fin de l’année 1947, elle est jugée coupable d’espionnage et de diffamation contre l’Etat slovène. Elle est condamnée à 20 ans de prison et est déchue de ses droits pour 5 ans.

Angela Vode est relâchée au bout de 6 ans, certainement grâce à la pression internationale sur Tito. Elle devient alors une « non-personne ». Elle n’existe plus pour la société. Pas de passeport, pas la possibilité de travailler, pas de revenu, aucun droit social, pas le droit d’écrire, encore moins d’être publiée. Libre mais inexistante. On ne peut pas étudier ses œuvres. Sa sœur lui viendra en aide et la soutiendra financièrement jusqu’en 1970 où elle obtient enfin le droit d’avoir un passeport.

Pendant son « non-existence », elle entame la rédaction de son autobiographie, dans la plus grande discrétion. « Skriti spomin » ou « Mémoire cachée » est achevé en 1971. Elle cache le texte en le confiant à son neveu. Le livre est publié en 2004. En trois parties, son autobiographie relate la Guerre, son emprisonnement ainsi que les tortures qu’elle a subies, et sa vie de non-personne. Elle ne manque pas de critiquer le système communiste yougoslave et son élite qui oublie les peuples.

Angela Vode est décédée en 1985, à 93 ans dans sa ville natale. Une vie de combats, de restrictions, oubliée de l’Histoire. Elle deviendra un symbole de lutte contre la dictature yougoslave et un modèle/martyr pour les victimes du totalitarisme.

Wassila ZOUAG