Fémin’histoire #54 : Harriet Brooks

Pionnière. Physique nucléaire. Prix Nobel. Cette description fait certainement penser à celle de Marie Curie. Et pourtant, elle dresse aussi le portrait d’une autre femme ayant eu un rôle déterminant dans la recherche de la radioactivité : Harriet Brooks. Ses travaux ont eu une importance comparable, et elle demeure pourtant totalement inconnue du grand public. Il n’y eu que 3 Prix Nobel de physique attribués à des femmes. Harriet Brooks, qui ne l’a jamais reçu, l’aurait pourtant tout à fait mérité, il y a 102 ans.

Collaboratrice de 3 Prix Nobel

Harriet Brooks naît le 2 juillet 1876 à Exeter, dans l’Ontario, au Canada, mais sa famille -dont on sait en réalité peu de choses- déménage à Montréal rapidement. C’est dans cette ville qu’elle fera ses études. En 1894, elle s’inscrit à l’université McGill. Après avoir obtenu un baccalauréat en mathématiques et philosophie naturelle, elle commence à travailler sous la direction d’Ernest Rutherford, physicien néo-zélandais.

En 1901, Harriet Brooks est la première femme à obtenir un diplôme de maîtrise de physique au Canada. Ernest Rutherford la forme et lui permet de collaborer à ses travaux, ce qui sera déterminant dans la carrière de la jeune fille. En 1908, il obtient le Prix Nobel de chimie grâce, entre autres, à un phénomène qui a été observé par son élève : la désintégration des atomes qui accompagne la radioactivité.

A la suite de ces travaux, elle quitte le Canada pour les USA, où elle obtiendra une bourse lui permettant d’aller poursuivre sa formation en Europe. Elle passera ainsi l’année 1902-1903 au laboratoire Cavendish de Cambridge, en Angleterre. Elle y travaillera sous la direction d’un autre futur Prix Nobel, JJ Thompson. C’est lors de son séjour en Europe qu’elle réalisa la première mesure de la demi-vie du radon. En 1906, JJ Thompson est à son tour récompensé par l’Académie suédoise pour sa découverte de l’électron.

La même année, Harriet Brooks traverse la Manche et s’installe à Paris, où elle travaille auprès de Marie Curie. Cette dernière, déjà été Prix Nobel en 1903, allait recevoir une deuxième distinction en 1911.

A ce jour Harriet Brooks est probablement la seule scientifique de l’histoire à avoir travailler avec trois lauréat du Prix Nobel !

Fin de carrière précoce

Si son nom est inconnu du grand public, Harriet Brooks a néanmoins fait d’importantes découvertes. Tout d’abord, elle a mis au jour le radon, qui est le plus lourd des gaz noble. Ce gaz se trouve partout, car il est produit par la croûte terrestre.

Ensuite, elle est au cœur d’une découverte essentielle pour la communauté scientifique : la transmission de la radioactivité. Autrement dit, une substance qui n’est pas naturellement radioactive peut le devenir. Enfin, sa troisième découverte concernent le thorium et l’uranium. Elle a parfaitement décrit la façon dont il se décomposent en d’autres éléments chimiques.

Au total, ses recherches fondamentales ont accéléré le progrès de la fission nucléaire, la détection des radiations dangereuses liées au radon et cela a même permis de déterminer avec plus de précision l’âge de notre planète.

Malheureusement, sa carrière de chercheuse a été bien trop courte ! En 1907, alors qu’elle a presque 31 ans, elle se marie avec Frank Pichter. Les mœurs et les convenances de l’époque l’empêchent de concilier vie professionnelle et vie privée. Elle rentre donc à Montréal pour y fonder une famille de 3 enfants.

Une reconnaissance tardive

Agée de 56 ans, Harriet Brooks s’éteint en 1933 d’une leucémie, probablement due à la surexposition à la radioactivité. Si Ernest Rutherford n’a cessé de saluer sa mémoire, indiquant combien ses contributions majeures avaient fait avancer la science de manière considérable, la comparant parfois à Marie Curie, le nom d’Harriet Brooks est tombé dans l’oubli. Il faudra attendre 1992 pour qu’une biographie lui soit finalement consacrée.

Cette pionnière est restée inconnue du grand public en grande partie parce que les résultats de ses travaux, obtenus par des collaborateurs masculins, leur étaient le plus souvent attribués. Une histoire qui fait penser à celle de Rosalind Elsie Franklin

Chloé LOURENCO