Le grand voyage des chefs-d’œuvre pendant la Seconde Guerre mondiale

Quand la guerre éclate en 1939, les autorités françaises sont désemparées. Que faire pour protéger au maximum les trésors dont regorgent les musées français, et particulièrement ceux de Paris ? Comment éviter que ces derniers ne soient bombardés ? Pendant 5 longues années, les chefs-d’oeuvres vont déménager plusieurs fois de suite afin de ne subir aucun dommage. Le château de Chambord abritera plusieurs dizaine de ces tableaux échoués, et ouvre une exposition retraçant leur parcours.

Mona-Lisa, notre meilleur témoin

Ah ! Si seulement la Joconde pouvait parler ! Elle en aurait des choses à dire ! Elle pourrait notamment raconter comment elle a été bringuebalée en camion au fur et à mesure des avancées allemandes. Au moment où la guerre est déclarée, l’ordre vient d’évacuer les musées sur Chambord. Plusieurs dizaines de camions entrent dans la célèbre cour carrée du Louvre dans lesquels on embarque les tableaux, et parmi eux, La Joconde. « Emballés dans des caisses en bois, les trésors du Louvre quittent la capitale pour se mettre à l’abri des bombardements et des incendies, alors que la guerre avec l’Allemagne menace. Leur destination : le château de Chambord, désigné comme la plaque tournante de cet improbable exode, qui verra des dizaines de milliers d’œuvres d’art parcourir la France jusqu’en 1945 » raconte Le Monde.

A lui-seul, le musée du Louvre mobilise 37 convois de camions. Les châteaux de Versailles et de Fontainebleau sont vidés eux-aussi et dans ce départ mouvementé, les boiseries qui ornaient la chambre de Louis XIV sont même arrachées. Effectivement, on craignait que les Allemands n’incendient le palais. Même les pièces les plus encombrantes comme la tapisserie de Bayeux sont jetés sur les routes, dans un exode vraiment hors du commun.

L’exode de Mona-Lisa

La Joconde, elle, est emballée dans une caisse faite de bois de peuplier à double parois. Son seul signe distinctif repose sur 3 pastilles rouges qui signifiaient au monde le précieux contenu de la caisse. Elle va parcourir 2000 kilomètres en 6 ans, car la progression des Allemands la repousse toujours plus loin. Dans son périple, elle est placée sur un brancard d’ambulance à suspensions élastiques pour lui éviter les chocs. Un camion de secours roulait derrière elle, au cas où. Toutes les précautions sont prises.

Toutes les précautions sont prises, et pourtant, cela n’a pas empêché quelques frayeurs. Convoyer le Radeau de la Méduse, chef-d’œuvre de Géricault, chargé sur un camion à décors de la Comédie française, n’a pas été une mince affaire. Le 1er septembre 1939, la caisse accroche les fils électriques du tramway à Versailles. Il faut tout de même noter que la toile mesure 5 mètres de haut et qu’il était impossible de la rouler car elle possède un vernis à base de bitume de Judée pour la recouvrir. C’est un miracle que le tableau n’ait pas pris feu !

Aucun convoi n’a été bombardé, mais tout au long du conflit, les Allemands ont essayé de mettre la main sur certaines œuvres qu’ils convoitaient particulièrement. Heureusement, elles étaient surveillées discrètement par la Résistance. Après le débarquement, l’emplacement des dépôts a été transmis aux Alliés, de façon à ce qu’ils ne bombardent pas involontairement les trésors de nos musées. La BBC diffusait des messages tels que « La Joconde a le sourire » ou « Van Dyck salue Fragonard » qui voulaient dire que les consignes étaient passées.

A la fin, et cela est inouï, aucune oeuvre n’a été perdue et toutes ont pu retrouver leur emplacement au Louvre ou ailleurs, comme si de rien n’était.

Chloé LOURENCO