L’Europe au bord d’une crise du gaz ?

Alors que les bruits de bottes s’intensifient en Ukraine, l’Europe cherche des solutions pour s’approvisionner en gaz si le conflit éclate. La Russie, qui fournit 40% du gaz consommé sur le continent, nous montre bien à quel point l’Europe est vulnérable dans ce domaine.

A l’heure actuelle, le gaz arrive en Europe par trois tuyaux terrestres – les fameux « gazoducs ». En cas de conflit, la Russie pourrait les couper, comme mesure de rétorsion. Ils pourraient aussi être endommagés, notamment celui qui traverse l’Ukraine. Les conséquences de ces coupures seraient désastreuses pour les populations, sur les ménages et leur chauffage, et sur l’industrie en Allemagne particulièrement. Il n’est donc pas étonnant que les Européens cherchent frénétiquement d’autres alternatives ou d’autres fournisseurs, ce qui n’est pas évident.

Quelles sont les solutions de repli ?

En Europe, le plus gros fournisseur est la Norvège, mais elle a réduit ses investissement dans la capacité de production pour des raisons environnementales. Autre solution envisagée : les Pays-Bas, bien que les gisements soient en voie d’extinction. L’Algérie, qui pourrait également représenter une option, voit s’additionner des problèmes techniques aux problèmes politiques. C’est pourquoi les Européens se tournent vers d’autres pays producteurs, tels que le Qatar, les USA ou l’Australie.

Le problème majeur est qu’il n’existe pas de gazoduc entre l’Europe à ces pays (on imagine mal comment relier l’Australie depuis l’Europe !) Il faut donc transporter le gaz par bateaux, après l’avoir liquéfié pour ensuite le regazeifier avant d’arriver dans nos foyers. C’est ainsi que procèdent les Chinois par exemple, qui se font livrer leur énergie par les mers. Ces dernières semaines, une petite centaine de navires, chargés de gaz naturel liquéfié en provenance des USA, a d’ailleurs été envoyée en Europe.

Concurrence avec l’Asie

Serait-il possible que nous ayons donc trouvé la panacée ? Rien n’est moins sûr, puisque nous allons nous retrouver en concurrence avec l’Asie, et ce n’est pas une bonne nouvelle. Cet automne, alors que la crise du gaz battait son plein, on a vu des bateaux changer de cap plusieurs fois au gré des enchères faites par les clients du monde entier. Il est donc tout à fait probable que cela nous revienne encore plus cher.

Si le conflit en Ukraine éclate, les prix du gaz vont fortement monter et pourraient entraîner avec eux ceux du pétrole. C’est la première crise gazière que connaît l’Europe, du moins sur le modèle de celle du pétrole d’antan. Il faut souligner que la Russie d’aujourd’hui est un peu l’OPEP des années 1970, qui jouait du rapport de force pour augmenter ses prix. L’Europe n’a pas suffisamment pris au sérieux la volonté de la Russie de reconstituer son ère d’influence, ère dont l’Ukraine fait à l’évidence partie. Alors pourquoi ? Tout d’abord, parce que l’Europe entière était plongée dans une douce naïveté qui découlait de la chute du mur. Ensuite, parce que l’Allemagne a stoppé net ses centrales nucléaires de façon irréfléchie juste après la catastrophe de Fukushima, en 2011. Cette situation a rendu indispensable le gaz russe.

Toutefois, si la transition énergétique allemande n’a pas été pensée en amont, celle de la France n’est guère mieux. Et c’est bien cela que paye toute l’Europe aujourd’hui.

Chloé LOURENCO

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