Fémin’histoire #57 : Jessie Tarbox Beals

Ténacité. Journanisme. Pionnière. Voilà 3 façons de présenter Jessie Tarbox Beals, la première femme photojournaliste aux Etats-Unis. Principalement connue pour ses clichés de l’Exposition universelle de 1904 à Saint-Louis, elle aura néanmoins dû combattre tous les préjugés pour parvenir à publier ses photos.

Au XIXè siècle, les femmes étaient considérées comme des êtres fragiles et émotifs, ce qui les empêchait définitivement de travailler. La profession de journaliste n’y fait pas exception, mais c’était sans compter sur la volonté de fer de Jessie !

Jeune photographe autodidacte

Jessie Tarbox naît le 23 décembre 1870 à Hamilton, Ontario au Canada. Elle est la fille d’un fabricant de machines à coudre qui a réussi correctement. Mais lorsqu’elle fête ses 7 ans, son père perd toutes ses économies dans un mauvais placement, et finit par quitter le foyer conjugal. La famille connaît alors des jours plus difficiles.

C’est un appareil photo Kodak bon marché remporté alors qu’elle participait à un concours qui va radicalement changer la vie de Jessie Tarbox Beals. A 18 ans, la jeune fille est déjà institutrice dans le Massachussetts. Sur son temps libre, elle s’essaye à la photographie. Comme elle cherchait des sujets à photographier, elle s’exerce en réalisant les portraits de ses élèves et de leur environnement.

Lorsqu’elle réalise que tirer le portrait de ses élèves et des étudiantes du SMith Collège voisin paye plus que l’enseignement, la photographie devient plus qu’un hobby pour elle. Jessie installe même le premier studio photo devant sa maison.

C’est peut-être à ce moment-là qu’elle décide de faire de la photographie une professions. Naturellement, le secteur est largement masculin. Pour percer, elle sait qu’elle devra faire preuve de ténacité et de pugnacité, associée à bonne dose de « débrouillardise », ce qui est, selon elle, « la plus indispensable des qualités ». Tant mieux, Jessie ne se laisse pas facilement impressionner !

Pour couvrir un événement, Jessie promet toujours de se faire discrète, les organisateurs étant souvent réticent à laisser entrer une femme. Elle oublie bien sûr sa promesse sitôt qu’elle le peut et qu’elle a accès à un cliché exclusif. Sur le terrain, elle ne passe pas inaperçue : les passants la regardent, médusés, transporter un matériel lourd de plus de 20 kgs ! Tant mieux pour elle, elle dispose d’une force incroyable, bien qu’amoindrie par son corset et ses jupons.

Une femme ambitieuse

Ses efforts sont reconnus au bout de quelques années. Son travail est finalement publié dans les quotidiens locaux et nationaux en 1900. Elle est la première femme photojournaliste des Etats-Unis ! Forte de son succès, elle part à la conquête de New-York avec son mari, Aflred Beals. Même mariée, Jessie continue de travailler afin d’être indépendante.

Elle enseignera à son époux les bases de la photographie et en fait même son assistant. En 1904, elle obtient une accréditation pour l’Exposition universelle de Saint-Louis (Missouri, USA) : elle n’hésite pas à grimper à des échelles ou à sauter dans une montgolfière pour obtenir les clichés qu’elle espère.

Sa production est ensuite variée. Elle s’intéresse au quartier de Greenwich Village, quartier mal famé à l’époque, mais qui regorge d’artistes, de poètes et d’antiquaires non conformistes. Elle y installe une galerie, y vend des photos, y compris au format carte postale, et finit par ses séparer de son mari.

Avant de mourir en 1942, elle transmettra aux jeunes filles qu’elle formera un seul conseil : « Soyez différente ».

Trop souvent oubliée, Jessie Tarbox Beals reste pourtant celle qui avait un temps d’avance sur la société. Avec de l’obstination, elle a prouvé qu’un femme pouvait, elle aussi, réaliser ses ambitions !

Chloé LOURENCO

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