Qui les sanctions contre la Russie pénalisent-elles vraiment ?

61 milliards d’euros : c’est ce que les Européens ont payé à la Russie en hydrocarbures depuis le 24 février seulement, c’est-à-dire depuis le début du conflit avec l’Ukraine. Toutefois, comme le soulignait François Lenglet dans sa chronique du mercredi 22 juin, il se peut que ce chiffre ait changé, car ce montant augmente de 4000€ par seconde ! Et il ne s’agit que des achats du Vieux continent, pour moitié de gaz, et pour moitié de pétrole !

Une somme considérable

Ce qui est d’autant plus énorme, c’est que cela représente encore davantage que ce que la Russie avait perçu l’année dernière sur la même période, avant le déclenchement de la guerre. La Russie reçoit donc plus d’argent depuis les sanctions, aussi inouï que cela puisse paraître. Les quantités achetées ont diminué, mais comme les prix ont explosé, la valeur de la marchandise est supérieure.

Les sanctions ont en fait amélioré les recettes d’hydrocarbures du pays. Sur la période, l’Allemagne a par exemple payé plus de 12 milliards d’euros à Moscou. Autant que la Chine. La France, qui est moitié moins dépendante, a tout de même déboursé 4.3 milliards d’euros !

Des sanctions vraiment utiles ?

Ces sanctions ont-elles donc un quelconque effet dissuasif ? Pour l’instant non : sanctions et restrictions ne pénalisent pas celui qu’on désigne comme la cible, mais elles nous pénalisent nous, consommateurs européens. A cause de cela, nous payons notre énergie bien plus cher.

Impact écologique désastreux

Tout cela sans compter les effets environnementaux, effets indirects certes, mais néanmoins bien réels. Toute l’Europe se remet au charbon, afin de compenser les livraisons amoindries de la Russie. Les Pays-Bas annonçaient qu’ils allaient augmenter les capacités de production de leurs centrales à charbon, jusqu’ici limitées à 35%, jusqu’en 2024 au moins. L’Allemagne a déjà fait la même déclaration, tout comme l’Autriche ou le Royaume-Uni, fin mai. Ce dernier repousse même la fermeture de ses 3 centrales, programmée pour l’automne. La Bulgarie et l’Italie avaient ouvert le mouvement.

La France elle-même envisage de redémarrer la centrale de Saint-Avold, en Moselle, pourtant fermée depuis le 31 mars dernier.

Faire de l’électricité avec du charbon, est-ce vraiment beaucoup plus polluant ? Si l’on observe les chiffres fournis par l’ADEME, pour 1 kilowatt produit via une centrale à charbon, on émet 1060 grammes de CO2. Avec le gaz, ce n’est que 418 grammes.

Autant dire qu’avec cette politique de limitation d’achat de l’énergie russe, c’est carton plein. On remplit d’euros les coffres de Poutine, et on remplit l’atmosphère de carbone. Bref, nous sommes perdants sur tous les tableaux !

Cette chronique de François Lenglet a été diffusée sur RTL le 22 juin 2022.

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