Fémin’histoire #20 : Irène Joliot-Curie

  Première fille des illustres physiciens Pierre et Marie Curie, récompensée elle aussi du Prix Nobel de chimie pour la découverte de la radioactivité artificielle, Irène Joliot-Curie demeure cependant aujourd’hui encore dans l’ombre de ses brillants parents. Retour sur le parcours de cette digne héritière des plus grands scientifiques français du début du XXème siècle.

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Une formation de haut niveau

  Irène naît en 1897 à Paris au sein de la plus célèbre famille scientifique : la famille Curie. Elle est la fille des lauréats du Nobel Pierre et Marie Curie, et la sœur de Denise-Eve Curie, qui est la seule de la lignée à ne pas avoir fait carrière dans les sciences. Elle ne connaîtra cependant que peu son père, celui-ci décédant prématurément en 1906 dans un accident de la circulation vers le quai Conti, à Paris.

  Peu convaincue par les méthodes de l’enseignement public, sa mère, Marie Curie, lui propose des cours avec ses amis scientifiques et universitaires : Jean Perrin lui enseigne alors la chimie, Paul Langevin les mathématiques et Marie Curie lui apprend tout de la physique. Irène bénéficie donc d’une formation privilégiée et de haut niveau, qu’elle complète plus tard au collège Sévigné.

  En 1914, alors qu’Irène devient tout juste bachelière, la guerre éclate. Ne souhaitant pas rester passive au milieu d’un tel conflit, elle parvient à convaincre sa mère de l’emmener sur le front afin de l’aider à pratiquer des radiographies sur des blessés de guerre. Ensemble, elles travaillent sur des appareils à rayons X dans des ambulances, surnommées « les petites Curie ». Les rayons X étaient en effet particulièrement utiles pour localiser avec précision les projectiles ayant touché les soldats, permettant ainsi de soigner efficacement les victimes. Quelques mois plus tard, en mars 1915, Irène passe son diplôme d’infirmière, mue par sa volonté de sauver des vies.

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Rencontre décisive avec Frédéric Joliot

  En 1918, après avoir achevé de brillantes études de physique, chimie et mathématiques, elle rejoint sa mère au laboratoire Curie de l’Institut du radium en tant que préparatrice. Deux ans plus tard, elle devient l’assistante de Marie Curie et se lance dans une thèse sur les rayons alpha du polonium. En 1924, sa mère engage Frédéric Joliot, un jeune physicien, issu de l’École supérieure de physique et chimie industrielles de la ville de Paris (ESPCI), comme assistant à l’Institut. Deux ans plus tard, Irène l’épouse, ce sera alors le début d’une grande aventure scientifique.

  Le couple se spécialise dans la physique nucléaire et travaille sur la radioactivité naturelle. En 1932, alors qu’Irène Joliot-Curie est nommée cheffe de travaux au laboratoire Curie, elle découvre, au fil de ses expériences avec son mari, un nouveau type de radioactivité. Ensemble, ils fournissent la preuve de la radioactivité artificielle et reçoivent en 1935 le prix Nobel de chimie pour leur découverte.

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Crédits photo : http://www.dw.com

  Les recherches d’Irène Joliot-Curie et de Frédéric Joliot sur l’action des neutrons sur les éléments lourds sont une grande avancée vers la découverte de la fission nucléaire. Ce seront finalement Otto Hahn et Friedrich Wilhelm Strassman qui feront la découverte du phénomène de fission du noyau de l’atome en 1939.

Être une femme dans un monde d’hommes

  L’année suivant l’obtention du prestigieux Nobel de chimie, Irène est nommée membre du gouvernement du Front populaire en tant que sous-secrétaire d’État à la recherche scientifique par Léon Blum, devenant par la même occasion l’une des premières femmes à rejoindre un gouvernement français. Elle accepte la proposition tout en précisant qu’elle n’occuperait le poste que pour une durée limitée, pour « soutenir la cause féminine et la recherche scientifique« . A l’époque, en effet, les Françaises ne disposaient pas encore du droit de vote, la présence de femmes au sein du gouvernement représentait donc une avancée féministe majeure.

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Crédits photo : Femme – Histoire – Repères

  Et le brillant chemin parcouru par Irène Joliot-Curie ne s’arrête pas là : en 1937, elle est maître de conférence puis professeure sans chaire à la Faculté des sciences de Paris. Deux ans plus tard, elle reçoit le titre honorifique d’officier de la Légion d’honneur. Pendant la guerre, elle part séjourner plusieurs mois dans un sanatorium en Suisse afin de soigner sa tuberculose.

  En 1945, elle participe à la création du Commissariat à l’énergie atomique (CEA, aujourd’hui renommé Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) et y travaille en tant que commissaire pendant cinq ans. Peu de temps après la fondation du CEA, Irène Joliot-Curie prend la direction de l’Institut du radium. Son engagement féministe et pacifiste se concrétise dans les années 1950 lorsqu’elle rejoint l’Union des femmes françaises (désormais plus connue sous le nom de Femmes solidaires) et signe l’appel de Stockholm contre l’utilisation militaire de l’énergie atomique ainsi que le manifeste pour la paix de Russell-Einstein.

  Chimiste, physicienne et femme politique remarquable, Irène Joliot-Curie se verra pourtant toujours refuser l’entrée à la prestigieuse Académie des sciences, tout comme sa mère. Bien que tout à fait consciente que l’institution était strictement réservée aux hommes, elle proposera inlassablement sa candidature afin de dénoncer cette situation injuste. En parallèle, elle mettra toute son énergie à faire en sorte que les jeunes filles accèdent aux carrières scientifiques de leur choix.

  Le 17 mars 1956, Irène Joliot-Curie décède finalement d’une leucémie, comme son illustre mère, de par sa surexposition aux rayonnements radioactifs au cours de ses recherches. Si son génie n’est plus à prouver, son nom, lui, reste aujourd’hui encore peu connu par rapport à celui de ses parents, et c’est justement pour cette raison que Voix d’Europe souhaite plus que jamais rendre hommage à Irène Joliot-Curie.

Virginie CARDOSO

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