Trump : l’heure du bilan

20 janvier – 6 mai 2017. Ce samedi, Donald Trump a officiellement passé le cap des 100 jours à la tête des Etats-Unis. Le président veut afficher un bilan nourri, mais peine à trouver une cohérence. Il déploie avec frénésie beaucoup d’efforts pour convaincre le public qu’aucun autre occupant du Bureau ovale n’avait fait autant que lui en 100 jours. Alors quel bilan peut-on vraiment faire ?

Le marqueur des 100 jours date de Franklin D Roosevelt. Confronté aux urgences de la Grande Dépression, le 32ième Président des Etats-Unis avait préparé en amont les axes prioritaires de son New Deal, et fort d’un Congrès où il avait la majorité, il avait fait adopter 76 lois durant les 100 premiers jours. En comparaison, Donald Trump fait pâle figure, car s’il a bien promulgué 28 lois, 13 d’entre elles n’avaient pour objectif que d’annuler 8 années de présidence Obama. Aucune législation d’importance n’est véritablement à mettre à son actif.

Un bilan exagéré

Les nombreux décrets signés par le 45ième président des Etats-Unis se sont bien souvent limités à un effet d’annonce. « Mes 100 premiers jours ont été très productifs et très palpitants. Nous remporterons chacune des grandes, grandes batailles à venir » a-t-il déclaré lors d’une réunion publique en Pennsylvanie, un Etat qui l’avait propulsé, contre toute attente à la Maison Blanche.

Ce n’est néanmoins pas l’avis que partagent de nombreux journalistes américains, pour qui Trump s’approprie de nombreuses victoires, notamment la création de 500 000 emplois. Il est pourtant bien trop tôt pour savoir s’il s’agit d’une réussite sur le long terme ou de simples bruits statistiques. La réforme fiscale qu’il avait promis pendant sa rocambolesque campagne et qui devait permettre à des milliers de personnes de payer moins d’impôts n’est pour l’instant, qu’une simple proposition dont il n’a pas encore réussi à esquisser les traits.

Des décrets polémiques

« Nous avons été très actifs lors de ces 100 premiers jours » a-t-il affirmé devant une foule d’Américains pour le moins sceptiques. Pour le moment, dans les médias qu’il critique vivement, ce sont surtout les nombreux revers qu’il a essuyés qui sont mis en avant.

Son tout premier décret, trois jours à peine après son investiture interdisait le financement d’ONG internationales soutenant l’avortement. Signé dans le Bureau ovale, entouré uniquement d’hommes, le milliardaire s’était attiré les foules d’associations féministes du monde entier, indiquant sur Twitter, que des hommes décidaient pour des femmes de ce qu’elles devaient faire de leurs organes.

Ce que l’on retiendra de son début de mandat restera sans doute le tollé provoqué par le « travel ban ». Le 27 janvier, il suspend, par décret encore, le programme américain d’admission des réfugiés, qui a permis d’accueillir environ 2,5 millions de personnes depuis 1980. Il interdit l’entrée sur le territoire aux ressortissants d’Irak, d’Iran, de Syrie, mais pas d’Arabie Saoudite, qui a fourni pourtant la majorité des terroristes ayant provoqué un attentat sur le sol américain.

Une publicité pro-Trump

Pour achever de convaincre les plus récalcitrants, Donald Trump, qui prépare déjà sa réélection en 2020, a financé, via un comité qu’il a lui-même créé un spot télévisé où l’on entend marteler : « L’Amérique n’a jamais connu un tel succès ». Emplois, énergie, baisse d’impôts : tout y passe pour faire du président le héros des classes moyennes. Naturellement, la vidéo fait l’impasse sur les échecs du président, notamment avec l’Obamacare, où il avait dû reculer, au risque de soumettre un texte au vote qu’il était sûr de perdre.

Ce comité, dont le but principal est de le faire réélire, prévoit de dépenser 1,5 million de dollars pour la diffusion du spot de quelques secondes. Selon le New York Times, cela n’augure cependant pas d’une future grande campagne de communication, mais montre plutôt qu’il retourne à la politique politicienne remarquablement tôt. Il devra pourtant faire plus d’efforts pour convaincre ses électeurs : plusieurs sondages américains publiés une semaine avant les 100 jours, le présentaient comme le président le plus impopulaire de l’histoire moderne des Etats-Unis.

 

Chloé LOURENÇO

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