Fémin’histoire #15 : Clare Hollingworth

Elle est morte le 10 janvier 2017 à l’âge respectable de 105 ans. Mais ce n’est pour cela que Clare Hollingworth est entrée dans l’Histoire. Le scoop qu’elle décroche alors qu’elle débute sa carrière de journaliste pour le Daily Telegraph dépasse tout ce qu’elle aurait pu imaginer. En 1939, elle annonce l’invasion imminente de la Pologne par l’Allemagne nazie. Le scoop du siècle. Retour sur le parcours hors du commun d’une femme passionnée par la guerre. 
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La correspondante de guerre Clare Hollingworth en 1968. En 1973, elle ouvre le bureau du « Telegraph » à Pékin, devenant l’un des premiers journalistes à s’installer dans la Chine de Mao.  © Mannhai/Flickr

Intérêt pour les conflits 

Clare Hollingworth voit le jour le 10 octobre 1911 à Knighton, en Angleterre. Très jeune, elle manifeste un vif intérêt pour les conflits. Cette passion -étrange pour une jeune fille de l’époque- a certainement été entretenue par son père, Albert Hollingworth, qui a été témoin de batailles en Angleterre et en France.

Pendant l’entre-deux-guerres, elle milite dans la League of Nations Union, la plus grande organisation pacifiste du Royaume-Uni. Elle obtient une bourse d’études pour partir étudier en Croatie. Elle apprendra le croate à l’université de Zagreb. Clare Hollingworth s’intéresse de plus en plus aux Balkans, une région tourmentée par Hitler. Elle ne le sait pas encore, mais cet intérêt particulier lancera sa carrière.

Révélée par le scoop du siècle 

En août 1939, Clare Hollingworth décroche une place chez le Daily Telegraph. Journaliste débutante mais spécialiste des Balkans, elle est envoyée par sa rédaction à la frontière entre l’Allemagne et la Pologne. Sa vie va prendre un tournant parfaitement inattendu, lorsqu’une semaine à peine après son arrivée, elle découvre des troupes allemandes en nombre, accompagnées de chars et de véhicule blindés. Un coup de vent inopiné a relevé les toiles de jutes qui cachaient ce déploiement massif.

A 27 ans, la jeune journaliste assiste à invasion de la Pologne par la Wehrmacht. Son reportage sur la présence -trop- importante de divisions blindées fait la Une du Daily Telegraph le 29 août, mais Clare Hollingworth n’en reste pas là. C’est elle qui contacte l’ambassade britannique le 1er septembre pour annoncer l’invasion effective de la Pologne. Sa carrière est lancée.

Une vie dédiée au journalisme

Si elle fait ses armes entre 1939 et 1941 à la rédaction du Daily Telegraph, elle travaille ensuite pour différents journaux au cours de la Seconde Guerre mondiale. Une seule chose la passionne : expliquer, raconter, décortiquer les conflits qui inondent la planète en ce XXème siècle tellement torturé. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Clare Hollingworth aura du pain sur la planche !

En 1940, elle est envoyée en Roumanie pour couvrir l’abdication du roi Carol II et les troubles qui s’ensuivent. L’année suivante, elle se rend en Egypte, en Turquie et en Grèce comme correspondante de guerre. A l’époque, les femmes ne sont évidemment pas officiellement accréditées pour de telles missions. Elle sera, là aussi, une pionnière.

Rien ne l’arrête : elle interviewe Mohammad Reza Pahlavi en 1941, alors qu’il devient Shah d’Iran. En 1965, elle est la seule à pouvoir se rendre sur le front du conflit indo-pakistanais. Tous les journalistes se font refouler, mais elle passe outre : un coup de fil à Indira Gandhi, alors ministre de l’Information à New Delhi suffit à lui faire franchir les lignes.

Avec son flair hors pair, Clare Hollingworth a souvent été soupçonnée d’être une espionne, aussi bien par des gouvernements des pays où elle était correspondante, que par son propre gouvernement. Elle démasque d’ailleurs Kim Philby comme espion soviétique. D’aucun diront que ce n’était pas une coïncidence…

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Clare Hollingworth à Hong Kong le 28 août 2009 Crédit : MIKE CLARKE / AFP

Fin de vie en Asie 

En 1973, la journaliste confirmée découvre l’Asie. Elle est -encore une fois- la première à ouvrir le bureau du Telegraph à Pékin. Aucun journaliste occidentaux n’y avait mis les pieds depuis 1949. Elle rencontrera en Chine Zhou Enlai ainsi que l’épouse de Mao ZeDong, Jiang Qing. En 1989, bien qu’elle atteigne presque les 80 ans, elle ne veut pas prendre sa retraite, et se précipite place Tian AnMen où elle assiste à la répression implacable du gouvernement.

En 1997, la baroudeur refuse toujours de décrocher. Son métier la passionne et c’est cette passion qui la maintient vivante. Installée à Hong Kong, elle confessera en 2011 à une consoeur de Libération : « Je dois avouer que j’aime couvrir la guerre« .

L’intrépide Clare Hollingworth a été primée de nombreuses fois pour son travail impressionnant. Sa Majesté Elizabeth II lui a même octroyé le titre d’Officier de l’Ordre de l’Empire britannique en 1982. Elle meurt après une vie bien remplie le 10 janvier 2017, à l’âge de 105 ans.

Chloé LOURENÇO 

 

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